Lizzie

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Lizzie, une jeune Haïtienne saine d’esprit, décide un matin en sortant de chez elle de jeter quelque chose dans sa poubelle. Cet acte décrit ainsi pourrait vous paraître anodin, et pourtant ce n’était que le début d’une révolution dans sa vie. Cet accessoire partage le quotidien de million de femmes, traverse le temps, l’espace et les modes de vie. Son règne a vraiment débuté au XVe siècle, son apparence et son nom sont si différents de ce que l’on connaît aujourd’hui que l’on pourrait penser que sa majesté n’est apparue qu’en 1889 avec Hermine Cadolle, au cours de l’exposition universelle de Paris. Cependant il existait déjà dans l’antiquité, on le nommait « strophium » et il donnait aux femmes un look très androgyne. Au moyen-âge, pour une raison qui nous échappe maintenant, les femmes de cette époque ont royalement ignoré son existence.

Voulant absolument en finir avec le règne tyrannique de cet objet qui a envahi sa vie et celle de nombreuses femmes de sa connaissance depuis leur adolescence. Elle s’est résolue à l’exclure de la liste des choses qui va faire la route avec elle durant sa journée. Dès les premiers changements dans son corps de petite fille, elle s’est vue attribuée cette présence dérangeante. Ne pas être accompagnée de sa majesté, en étant jeune fille on la questionnait sur sa propreté et son éducation. Et en étant une adulte, on la regarda comme une femme de mauvaise vie. De ce fait, sa valeur, l’importance que l’on accorde à ses mots, à ses gestes, à sa personnalité étaient quelque part dictée par sa majesté aux gens.

Ce mépris soudain pour cet accessoire, peut s’expliquer en deux temps. La première est qu’après avoir eu à supporter sa compagnie partout où elle va/allait depuis des années, lui a fait beaucoup plus de mal que de bien. Demandant une attention soutenue, un traitement de faveur, et pourtant son rôle à lui dans l’histoire de la vie de Lizzie est un peu floue. La deuxième c’est qu’elle n’a pas choisi d’avoir ce compagnon intime pour la vie, et elle trouve cela injuste d’être obligée de s’accommoder de sa présence inopportune parce qu’elle est née femme.

Son éminence peut prendre des styles et des couleurs variés. Il peut également se revêtir des plus belles parures pour pouvoir correspondre à la personnalité de son sujet. Il change aussi au fil des époques et il est très à la mode. Pour faire oublier à Lizzie l’inconfort que sa compagnie lui impose, les principales industries qui le produisent et le distribuent endorment la jeune femme en lui disant que sans cet inestimable partenaire, elle ne peut se sentir belle, et elle ne peut apparaître en tant qu’une femme bien. On la trompe en lui disant qu’on a le choix, son confort est garanti par cette multitude de soi-disant choix. On la gave d’images des femmes le portant fièrement et sublime. Elle pallie d’envie devant les vitrines des magasins, se convainc que celui-ci est peut-être le bon, et qu’elle et lui vont se plaire mutuellement.  Pour finalement se rendre compte que jamais cela ne marchera entre elle et les soutiens de gorge.

Hervia Dorsinville


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Petite effrontée

Dans ce temps-là, au retour de l’école après avoir fait leur devoir et rabâcher pendant un moment leurs leçons, les enfants avaient les yeux vissés sur le petit écran. La plupart regardait les dessins animés de Tom et Jerry, Toy Story, la Ligue des justiciers, d’Oncle Picsou, les Razmokets, Super nanas etc… Ils étaient souvent cloués sur leurs chaises, ou ils avaient les fesses qui trainaient par terre avec leurs petits pieds repliés sous eux-mêmes. La petite Zaza et son petit frère Nono eux aussi s’adonnent à cette activité chaque après-midi devant la télévision. Leurs esprits se perdaient dans leur monde d’enfant. Ces deux petits garnements d’un couple moyen, habitant la capitale haïtienne, ont respectivement huit et sept ans.

Regarder la télévision était bien plus que juste regarder pour ces deux-là. Leurs petits cerveaux fonctionnent au rythme des bourdes de leurs personnages animés préférés, Donald, Kirikou, Gogo gadget, et bien d’autres encore. Zaza et Nono commentaient les batailles légendaires de Tom et Jerry comme s’ils regardaient un match de foot serré entre Barcelone et Real Madrid. Les deux enfants avaient leurs plats de riz collé aux haricots noirs respectifs devant eux, mais la nourriture ne les intéressait guère. Leur père devra peut-être encore une fois leur menacer de sa Rigwaz ce soir, pour qu’ils se décident enfin à finir leur plat. Le riz froid et le haricot qui étaient devenus durs à force d’être attendu d’être mangé depuis midi, que leur maman les a fait bouillir pour eux, ne les disaient rien qui vaille. Mais, les enfants ont déjà trouvé un moyen pour pouvoir se débarrasser de cette assiette de riz gênante et menaçante, et ceci est une autre histoire.

L’émission de Ti Ra sur Canal Bleu était presqu’à sa fin, le dernier dessin animé annoncé était celui de l’oncle Picsou. Zaza regrettait toujours que l’émission ne durait pas plus longtemps, elle aurait aimé regarder des dessins animés toute sa vie. Elle adorait ce gros bonhomme avec le ventre si rond, ses petites lunettes sur les yeux, ses mains potelés comme ceux d’un bébé et qui avait l’air si gentil avec les enfants. Nono quant à lui, faisait des manœuvres sournoises pour pouvoir regagner le monopole de la télécommande entre les mains de sa grande sœur, mais celle-ci était bien plus alerte que lui. Ce soir, Zaza était la reine de la télécommande, cela voulait dire qu’elle seule avait le choix sur quelle chaîne de télévision qu’ils devaient regarder. Cependant, le petit garçon n’aimait pas trop Oncle Picsou, il préférait Scooby Doo. Et il avait entendu dans le voisinage qu’une chaîne en passait, il voulait aller vérifier. Naturellement sa sœur en bonne petite despote refusa de lâcher prise la télécommande. Alors le frère s’énerva, puis la dispute commença. Cris, coups, morsures, fusaient de partout et attirèrent l’attention des parents qui discutaient dehors.


– Eh vous deux ! Etes-vous obligé de vous battre tout le temps ? demanda la mère visiblement contrarié.

– Non maman ! C’est Nono qui a commencé ! accusa Zaza.

– C’est parce qu’elle refuse de partager la télécommande avec moi. expliqua Nono.

– Vous vous disputez encore pour cette satanée télécommande ! Vous êtes sérieux !  s’exclama la mère qui paraissait lasse des disputes sans fin de ses enfants. Zaza, va m’acheter une bouteille de Cola Couronne, je meure de soif ! Quelle chaleur ! ordonna-t-elle finalement à sa fille.

La petite fille se leva alors pour aller acheter le rafraîchissement à sa mère dans une boutique d’en face. Pendant ce temps, son frère en profita pour aller changer de chaîne grâce à un gros bouton qui faisait un bruit sec, crack…crack… à chaque fois qu’on le tournait. Zaza ne laissa pas la télécommande à son frère, elle s’en alla avec elle dans sa robe. Elle n’allait pas abandonner sa position de force si vite. Nono est du genre pleurnicheur, et viendra se plaindre à sa mère, mais elle s’arrangera quand même pour le lui imposer son choix de chaîne pour la télévision.

Rapidement la petite revint à son poste, et trouva un épisode de Scooby Doo très intéressant si bien qu’elle oublia l’émission de Ti Ra. Cependant, son esprit était également accaparé par autre chose. C’était la bouteille de Cola Couronne sur la table qui la lorgnait. Zaza se disait qu’elle avait également chaud. Et elle imaginait le goût pétillant, frais, sucré de la boisson sur sa langue. Une soif soudaine l’attrapa à la gorge, si bien qu’elle baissa sa garde et son frère qui était sur le qui-vive s’empara du tant convoité et toute puissante télécommande. Mais Zaza avait déjà l’esprit ailleurs, c’était la bouteille de Cola qui la tentait terriblement. Elle ne pouvait se permettre d’en boire en premier. C’est un affront que ses fesses auraient à payer très cher si elle osait en boire, et laissait la preuve de son ignominie.


Malgré le danger, elle réfléchissait à comment sans que ses parents s’en rendent compte, elle allait sucer quelques gouttes de la boisson tant convoitée. Malheureusement, c’était impossible pour elle, car il fallait utiliser une clé pour faire voler le bouchon en fer de la bouteille de verre. Sans oublier le risque de briser la bouteille dans son empressement maladroit, si elle osait se servir de la clé toute seule. Et dans ce cas, elle se ferait attraper et ce elle sera condamnée pour double crime. Pour n’avoir pas pu attendre, et parce qu’elle a brisé une bouteille que ses parents devront payer et sans oublier la possibilité de se blesser elle-même et/ou son petit frère avec les éclats de verre. Dans cette situation de longue attente qui n’en finissait pas, Zaza s’est mise à la recherche de ses parents qui semblaient avoir disparu.

Elle sortit de la maison, et alla sur la cour, se rendit jusqu’aux toilettes qui étaient derrière la maison des voisins. Elle vérifie également la douche, mais ne vit personne. Elle pensa un moment qu’ils étaient peut-être sortis sans qu’elle s’en soit rendu compte. Elle courut alors vers la barrière, se tint debout au milieu de la rue, regarda de haut en bas, mais ne vit personne. Elle demanda pour sa mère ou son père à un vieil homme du quartier qui ne sortait jamais, et ne laissait jamais sa place sur sa chaise en bois sous son amandier au bord de la route, que pour aller faire ses besoins naturels. Ce vieil homme a été témoin des générations et générations de famille habitant dans le quartier des Cerisiers. Seul lui se souvenait quand tout le bord de la route fleurissait des cerisiers, et lorsque l’école d’en face n’était qu’un terrain où poussaient des mauvais herbes et de trois beaux pieds de Kachiman. Mais le vieil répondit qu’il ne les a pas vu depuis ce matin. En entendant cela, Zaza pris peur, l’idée que ses parents l’ont abandonné seule à la maison effleura son esprit.

– Maman ! Maman ! Maaaamaaaannn !!! appela Zaza dans toute la cour, les voisins semblaient intrigués de voir la petite fille hurler à tue-tête.

– Quoi ? demanda la mère abruptement.

– Où es-tu ? questionna Zaza qui ne perdait pas son aplomb si facilement.

– Qu’est-ce que tu veux ? demanda le père d’une voix dure.


Les voix venaient d’une petite chambre dans la cour qui était exiguë avec la maison. Cette petite chambre appartenait à un jeune oncle de Zaza. Celui-ci ayant trouvé un visa pour les Etats-Unis, la chambre est à présent vide. Leur père pensait à le louer à une femme celibataire, mais la mère refusa, car son mari et cette femme étaient un peu trop amis à son goût. La petite fille ne comprenait pas pourquoi ses parents se cachaient, dans une petite pièce par cette chaleur. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien faire ? Connaissant les colères mémorables de son père, la petite n’insiste pas avec ses questions et demanda pour la bouteille de Cola qui perdait de sa fraîcheur de minutes en minutes sur la grande table.

– Tu ne veux plus de ta bouteille de Cola maman ? Elle est en train de dégeler sur la table tu sais ? demanda Zaza qui était si concernée par la perte de fraîcheur de la pauvre bouteille de Cola.

– Met la bouteille dans le petit réfrigérateur Zaza ! répondit sa mère avec une pointe d’agacement dans la voix.

            – D’accord ! Mais vous faites quoi là-dedans ? Je peux entrer ? demanda la petite fille qui trouva ce jeu intéressant et perdit tout intérêt pour la télévision ou la bouteille de Cola à présent.

            – Va-t-en Zaza ! cria son père menaçant.

« Visiblement ils sont ensembles, ces deux-là. Qu’est-ce qu’ils font dans cette petite pièce avec cette chaleur ? Ils ont fermés à clés ! Mais pourquoi ? Et il fait noir dedans, je ne peux rien voir. » pensa Zaza


            La petite voulait absolument voir ce que ses parents faisaient dans cette petite pièce mystérieuse. Comme la nuit tombait déjà, elle ne pouvait pas voir à travers le trou de la serrure. De ce fait, elle rentra dans la maison et alla chercher une chaise pour regarder à travers l’unique fenêtre de la petite chambre qui donnait sur la cour. Elle plaça sa chaise doucement sans faire de bruit, monta dessus mais n’arrive à rien voir dedans, il faisait déjà nuit noir dans la chambre où ses parents se trouvaient. Zaza aurait pu abandonner puisqu’elle n’a pas pu rien voir de ce que faisaient ses parents. Mais en partant elle entendit des bruits bizarres qui lui étaient familiers pour une raison qui lui échappait.

La petite fille ne pensa pas un moment à la correction qu’elle recevra puisqu’elle avait délibérément désobéi, mais elle alla chercher une grosse vieille lampe de poche de son père. Zaza remonta sur sa chaise qui était placé dans un équilibre incertain contre le mur de la fenêtre et alluma sa lampe sur ses parents. Sa mère hurla, et quitta rapidement le lit où elle et son mari étaient. Son père se fâcha et promit de lui donner une raclée légendaire. Ils étaient tous deux nus et en sueurs. Zaza ne comprit pas ce qu’ils faisaient, mais les voir courir comme des poulets et apeurés comme des enfants prisent en faute la fit tellement rire qu’elle faillit tomber de son poste d’observatoire. Elle pensa que ses parents eux aussi font des choses qui sont interdits et peut-être seront punis s’ils se laissent prendre. Calmement Zaza déclara à ses parents :

– Ah Ah ! Vous aussi vous faites des choses défendues ! Ne vous inquiétez pas maman, papa, je ne vous dénoncerai jamais.

            Le père et la mère sortir de la pièce en se tordant de rire, et en voyant le visage angélique, ingénu et souriant de leur petite fille, ils ne purent la punir de sa curiosité.

            – Petite effrontée, allez va ! dit son père en la donnant une petite tape sur la tête !

Fin.

Hervia Dorsinville


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Piégé

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L’air était frais, le soleil s’était levé à peine une heure de cela. Il y avait peu de voiture sur la route. Nathan avait le sentiment d’être seul au monde, il filait sur la route des Rails, chaque coup de pédale était un délice pour ses sens. Il se sentait libre avec cette impression de presque s’envoler pour partir loin et de tout laisser derrière lui. La route des Rails est droite et à quatre voies, elle est en dehors de la ville de Carrefour, peu fréquentée, sauf lors des éternels embouteillages monstres dans les heures de pointes. Nathan avait loué cette bicyclette chez les gars de la bande Zapata de la rue Dupré. Pour 50 gourdes on vous louait une pour trois heures, c’était un bon prix comparativement à tout le bonheur qu’il ressentait en le montant. Comme garantie il devait laisser une chose de valeur et les gars taxait les retards à une gourde la minute.

Nathan habitait à Côte de Plage 26. Son parcours était de partir de la rue Dupré, descendre l’Arcachon 32, atterrir sur la route des Rails et pédaler jusqu’à Lamentin 52 et la remonter jusqu’à l’intersection de la rue Jacob, pédaler dans celle-ci jusqu’à retomber à Arcachon 32 et remonter jusqu’à la Rue Dupré et remettre la Bicyclette. Le premier tour de vélo était rapide et sans petit détour ; il a fait son parcours en 20 minutes. À son retour chez la bande Zapata, il a vu Raphaël qui venait louer également. Nathan se sentit un peu troublé, il observait Raphaël et senti cette impression de déjà-vu qui l’avait envahie lorsqu’il louait la bicyclette aux garçons de la bande. Il avait reconnu la rigidité du guidon du vélo, et la douleur à ses jambes était si familière qu’on aurait cru qu’il avait pédalé ce vélo pendant des mois et des mois sans s’arrêter. Cependant l’adrénaline avait monté à sa tête, et il ne voyait plus ces petits détails qui le dérangeaient durant son parcours. Raphaël en habitué de la bande loua sa bicyclette à crédit. Ses parcours étaient très diversifiés, il flânait dans tous les recoins de Carrefour avec sa bicyclette, et il lui arrivait même d’aller vers la mer avec. Les retards ne l’inquiétaient point, les garçons de la bande étaient ses amis.

Raphaël proposa à Nathan de pédaler avec lui. Ensemble ils s’abandonnèrent à la vitesse, à la sensation du vent sur leur visage, dans leurs vêtements. Ils riaient, le cœur léger, la tête pleines d’étoiles, ils se laissaient aller à pédaler sans réfléchir, sans but précis. Un tour, puis un autre, encore un autre, et ainsi de suite. Mais cette sensation de plénitude fut de courte durée, car Nathan ressentait cette boule dans l’estomac qui lui disait que tout allait bientôt finir. Ce n’était pas le regret que l’on ressent lorsqu’on sait que la fin d’un beau moment est en approche. Non, c’était la crainte d’une chose horrible qui s’en venait. Quelque chose qu’il avait déjà expérimenté, dont les contours se faisaient floues dans son esprit. Néanmoins, il ne pouvait s’empêcher de la ressentir dans ses tripes.


Puisque les heures ont passées sans que les deux garçons s’en aperçoivent, ils décidèrent donc de rentrer chez eux. Il était presque midi et le soleil tapait fort, la chaleur du béton montait et ils commençaient à ressentir la faim. Ils partirent alors pour rendre les bicyclettes à la bande Zapata. Nathan formulait l’idée dans sa tête de partir loin, très loin avec la bicyclette, de ne pas revenir, que tout ceci n’était pas réel, qu’ils n’avaient pas à revenir à la rue Dupré. Le garçon observa son ami d’un coin de l’œil. Il cherchait quelque chose de suspect dans son comportement, son sourire, sa manie de se gratter le bas de la tête, et même la cicatrice qui semble fendre son sourcil gauche en deux. Mais tout lui semblait correspondre.

-Allez, on se fait une dernière course ? proposa soudainement Nathan qui ne savait pas d’où cette idée pouvait venir. Ce n’était pas son idée, il n’y pensait pas, il pouvait se le jurer.

-D’accord, mais on a quoi lorsqu’on gagne ? demanda Raphaël.

-Je ne sais pas !

-Le dernier à arriver chez la bande, devrait rentrer chez lui pied nu ! proclama Raphaël sur un ton rieur.

Nathan ouvrit la bouche pour répondre, c’est alors quelque chose d’incompréhensible se passa. Il vit Raphaël répéter cette phrase encore et encore, sans que lui pouvait placer un mot. Il essayait de parler mais rien ne sorti de sa bouche, ses lèvres ne se remuaient pas, il était comme prisonnier de son corps. Il restait les yeux ouverts à voir le visage de son ami qui se déformait, se liquéfiait presque. Son sourire qui se tordait en rictus et qui s’allongeait jusqu’à ses oreilles. Il entendait sa voix qui se déformait à chaque répétition de la maudite phrase. Sans qu’il ne put l’empêcher, cette phrase se profilait dans son esprit comme une boucle sans fin, ni commencement. La terre s’arrêta de tourner, et le vide prit la place du monde qui l’entourait. Par un effort surhumain, Nathan se couvrit les oreilles des mains et pu enfin fermer les yeux. Mais il entendit encore la voix, et le noir de ses paupières se remplaçait par l’affreux visage difforme de Raphaël. Le garçon allait presque s’arracher les oreilles, quand soudain il n’entendit plus rien.


-Pari tenu ? s’entend-il demander à Raphaël comme si l’expérience troublante qu’il venait de vivre importait peu.

-Pari tenu !

-Je te tiens au mot Raphaël ! s’exclama-t-il comme une marionnette aux fils invisibles.

-Ne t’inquiète pas, tu vas perdre comme la dernière fois, continua son ami qui jouait son rôle fidèlement.

-C’est ce qu’on verra, marmonna-t-il entre les dents avec un sentiment de détermination qu’il ne ressentait pas.

Ils ont pédalé comme des fous, se sont laissés encore une fois emporter par la sensation de vitesse, ont abandonné leurs parcours et se sont engagés dans des ruelles sinueuses, rocailleuses et poussiéreuses de la zone de Mon Repos. Ils n’ont prêté guère attention aux gens du voisinage, et se sont attirés la colère des vieux qui se prélassaient à l’ombre d’un arbre devant leur galerie. C’était un film qui se déroulait, mais ce n’était pas la première fois qu’il le voyait. Il reconnut les dialogues, les personnages, les endroits, les émotions, les sentiments, il se rappelait de tout et il connaissait la fin. Tout se profilait clairement dans sa mémoire retrouvée. Nathan se sentait acteur pleinement conscient de ce film, mais il ne pouvait pas s’arrêter de jouer et il participait malgré-lui. Cependant, il était sûr que tout ceci n’était pas réel.

Ils pédalaient depuis une bonne dizaine de minutes maintenant, et Nathan peinait vainement d’arrêter de pédaler. Avec horreur, il se voyait mettre toute sa force au début de la course. Il ne comprenait pas la logique de tout ceci, pourquoi il ne pouvait pas sortir de la scène, pourquoi il ne pouvait pas changer même d’un millimètre de seconde l’histoire qui se déroulait. La fatigue se manifestait pile au moment où elle devait arriver. Devant le carrefour entre Mon Repos 38 et Mon Repos 36. Nathan n’avait qu’une idée en tête, c’était d’arrêter cette course folle qui allait mal se finir. Mais l’autre idée était plus forte en lui, elle le dictait qu’il fallait à tout prix arriver à ce virage avant Raphaël. Comme dans ses souvenirs qui se faisaient clairs à présent, la chaîne de la bicyclette de son partenaire de course sorti brusquement de sa roue. Celui-ci était bien obligé de s’arrêter. Nathan se vit foncer de toute la force que ses jambes pouvaient peser sur les pédales de la bicyclette qui le propulsa vers le carrefour, et il atterrit dans la poitrine d’une marchande ambulante qui devait emprunter le virage au même moment que lui. Impossible pour lui de freiner ou de ralentir, toutes les cellules grises de son cerveau étaient fixées sur cet unique objectif. Il était piégé.


La scène de l’accident se passa exactement comme il l’avait vécu d’innombrable fois. La cuvette de marchandise s’envola avec tout ce qu’il y avait dedans, des plats de : Banane, Igname, l’arbre Véritable et de Patate bouillies. Le tout accompagné d’une sauce de poulet, très rose à cause d’une pâte de tomate, et très graisseuse. La marchande quant à elle avait les quatre fers en l’air. Il y avait également une autre demoiselle qui s’est fait aussi bousculer. Elle s’est retrouvée les fesses à terre avec une louche pleine de sauce avec un piment rouge entre les jambes. Sur le lieu de l’accident, il y avait un vieil homme qui sortait à peine de chez lui qui s’est pris une cuisse de poulet et un jet de sauce au visage. Parmi les victimes de la sauce volante, il y a aussi un jeune homme qu’elle avait éclaboussé ses Converses blanches, puis une patate sur son crâne et une banane sur son épaule.

Ce ballet de poulet en sauce rose et de vivres, se déroulait encore et encore au ralenti devant les yeux de Nathan. Il pouvait déjà dresser la trajectoire de chaque morceau de patate, banane ou cuisse de poulet. Il était impuissant devant ce spectacle, et ne pouvait s’empêcher de regarder en boucle discontinue. Lui frappant la marchande avec son guidon sans s’arrêter, sans ralentir, ou changer de direction. Le cycle des évènements suivait leur cour sans s’interrompre et revenait à la position initiale. Et c’est alors que Nathan comprit, il vit la cause de tout ce cauchemar. Il se vit se lever à la première lueur du matin comme il était indiqué et de prendre le livret de prières magiques, il s’entendit répéter la prière de celui qui permettait de connaître son futur. Il devait le répéter 13 fois face au nord, 12 fois face au sud, 11 fois face à l’est, et 13 fois donnant dos à l’ouest. Nathan se vit se tromper dans les indications, il se vit se décourager en recommençant plusieurs fois sans y parvenir à suivre les correctement. A chaque fois qu’il atteignait une dizaine de prières, il ouvrait les yeux espérant que quelque chose allait déjà commencé à se passer. Mais rien ne se passa, il était impatient et irrespectueux, il jeta le livret de prière du haut du toit et se rendit chez la bande Zapata.

Fin.

Hervia Dorsinville


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Nono

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Nono se nèg Pòtoprens, se la li fèt, se la li leve. Yon lè, misye te deside li lè li tan pou li ale konn peyi li, kote ras li yo sòti. Se konsa nan dezyèm semènn nan yon mwa desanm, li te pran machin pou lavil Okay. Tout kote li te pase, li achte fridòdòy : dous makòs lè li te pase Ti Gwav, bannann ak griyo lè li te pase Kafou Dèriso, elatriye. Bèl peyizaj tou te ap karese je Nono, menm si pifò nan mòn yo dan rachòt. Bèl lanmè bò zòn SenLwi Di Sid, se te bonjan lè tou li te ap respire. Se pa te pousyè, fatra epi sant pise, oswa kaka melanje ak labou, Nono te konn jwenn lè li desann Pòtay Lewogàn.

Rive lavil Okay, li te pran kamyonèt ki ap mete li Anba-Kan nan Kanperen, apre sa pou li pran moto pou li monte Anwo-kan pou li rive Kabwèt. Depi la, se mache pou li mache. Lapli te tonbe, mòn yo te glise, li pa te vle riske kouri moto. Nono te gentan avèti li te ap vini, manman misye te voye yon moun li vin kanpe tann li Kabwèt. Wout la te chaje ak yon labou wouj ki ap sal pye pantalon li, rantre nan tout fant zòtèy li, fè pye li lou si tèlman labou a te kole anba pla sandal li. Pase anba plizyè rak bwa, janbe kèk ti ravin dlo, monte de twa mònn, jiskaske li rive anba denye mòn nan, Anba-yoto. Lè li fin redi monte mòn sa a ki tòde tankou yon S, li rive nan yon ti platon, epi la li wè kanton an. So-Chanplwa.

Kay grann Nono, se yon gwo kay an bwa, antoure ak kandelab, ki gen sòl li men wotè. Pou ou monte nan galeri a, nenpòt senk gwo mach konsa pou ou grenpe. Li te twò kontan wè fanmi li anfòm. Epi Nono pantan sou yon ansyen zanmi li, Didi, ki te fè ladesant lakay li yon lè nan Pòtoprens.

-O Didi ! Kijan ou ye nèg ? Dat mwen pa wè ou !

-Anfòm wi m’sye Nono. 

-Ki bagay mesye Nono sa a ! Pa fè mwen sa !

Nono louvri de bra li bay zanmi li. Didi poko fin pale, gen yon ti gason nan set oswa uit lane yo ki vini kote li, ki di li :

-Papa a !

-Kisa ? Didi reponn byen di.

-Mwen grangou ! ti gason an di ak yon vwa trennen.

-Mwen pa gen kòb ! Ou wè manje nan men mwen ? Pouki ou pa ale kote manman ou ?

-Se manman mwen wi ki voye mwen kote ou.

Lè Nono wè zanmi li an jennen, li kouri mande :

-Pitit ou ? Ou genyen yon gwo gason wi !

-Mewi, li se dezyèm pitit mwen.

-O nèg pa mwen ! Ou pran devan mwen wi la a ! Mwen poko menm gen madanm non.

-De fanm wi mwen gen, de pitit ak yo chak la.


Nono sezi lè li tande sa. Li pa reflechi, li rale bous li, li pran mil goud bay Didi. Ak anpil remèsiman misye pran kòb la, li ale. Apre sa, Nono rantre dwat anndedan. Li poko fin dijere sa li sot wè a, paske Didi se menm pòy ak li. Jenn gason 27 lane ki gentan sou 2 fanm ak 4 pitit pou li okipe.

Kat jou pase depi Nono kay grann li, kat jou sa yo tou li pase yo anndan kay, oswa nan lakou a. Moun yo bliye si misye se jenn gason li ye, fòk li pran lari, ale chache konnen sa ki genyen kòm plezi nan So-Chanplwa. Nan menm jou a, Makso, yon kouzen Nono, debake nan kay la. Nèg sa a se yon grenn pwomennen li ye; kèk jou anvan, Nono sonje misye te di li Sendomeng. Makso di, lè li wè Nono :

-Baz mwen ! Ou lage zanmi ou nèt.

-Non ! Pa di sa, mwen pa pe janm lage ou nèg pa mwen.

-Monchè, mwen byen jwenn ou la.

 Nono, byen sezi lè misye di li sa.

-Genyen yon ti fanm la a, mwen bezwen mennen nan yon bal TVICE la a pita. Mwen pa pe jwenn yon ti monnen sou ou la baz ?

-Depi kat jou mwen la, mwen paka leve pye mwen non, akoz grann mwen.

Makso twò kontan tande sa. Li di :

-Baz ! Annou ale non, ou ap tou jwenn yon ti fanm lòtbo a.

-Men, mwen konnen tande yo di bann Sanpwèl oswa konvwe nan epòk sa yo awoyo nan zòn nan…

-A monchè ! Bann Sanpwèl la nan wout li, nou menm nou nan wout nou ! Anyen pa deranje !


Li te dwe nan de zè nan maten lè yo kite Mèsan sou moto, yo zòn nan Kanperen, pou yo monte Kabwèt. Bal la te byen pase, ti fanm Makso a pa te vle tounen, li te pito rete domi kay yon zanmi li. Makso te vle rete tou ak manzè, men Nono pa te vle rete li menm. Li pa nèg andeyo, li pa konnen zòn yo byen, epi li paka fè Makso konfyans; fanm vire lòlòj misye twò fasil. Pa genyen lalin, li fènwè kou yon tou bouda. De mesye yo pran wout la a pye pou monte So-Chanplwa, yo ap pale nan wout la pou retire strès. Men yo komanse santi pye yo lou, souf yo kout. Yo ti dlo swè kòmanse koule nan rèl do Nono, li frèt epi cho anmenm tan.  Epi, touf bwa yo sanble vivan, branch pyebwa yo ou ta di tounen sepan. Nono komanse regrèt li pa te rete domi Mèsan. Li tonbe reflechi sou kisa li ap fè si li ta kontre bab pou bab ak yon bann Sanpwèl, oswa kèk konvwe Lougawou ki sòt leve zonbi nan simityè. Li paka di Makso anyen nan sa ki ap pase nan lespri li, se te ap lach epi se li ki te mande tounen.

Bridsoukou yon silans fèt, menm ti bèt rak bwa yo pa rele, van pa soufle. Epi, bri pye yon foul moun plen espas kote yo ye a. Ou ta di yo te gentan ansèkle yo ! Nono sezi, li pa konprann kijan foul moun sa a te gentan rive sou yo san yo pa menm santi sa. Makso vire gade, li di :

-Nono, annou mache pi rapid tande. Lè sa a, se lè travayè djab la ap fonksyone, se lè tout baka gen fòs.

Makso poko fini pale, Nono pete kouri. Men, pye li vini labouyi, li paka ale vit jan li ta vle a. Li fè yon kanpe paske li pa wè Makso ankò, li pa konnen si misye jete li, oswa si konvwe a gentan mete lapat sou li. Moun konn di konsa genyen gwo dife ki konn parèt lè konvwe yo pwèt pou rive sou ou. Eske dife a wouj, jòn oswa ble ? Pandan li te ap kouri a, tout kò li tonbe grate li, li pa vle vire gade dèyè, men li santi yo pye pou pye ak li. Eske li ap fè avan oswa li ap fè bak ? Nono pa kapab fè diferans lan. Souf yo santi fò ! Eske yo se moun ? Gen yon sant santi kri ki monte, yon moun tonbe rele anmwe… Ekse se Makso ? Kè Nono prèt pou pete lestomak li sòti deyò telman li ap bat fò. Li pèdi tout nanm li, li pè, li pa konnen poukisa li pè a. Li pa konnen kisa bann nan ap fè li, lè yo kenbe li. Eske se vre yo manje moun ? Nono ta rele Jezi ! Men eske se pa atire atansyon sou li oswa fè yo plis enève ? Kisa li ta di yo pou li apeze yo ? Kisa li te ka ba yo, pou yo ta kite li ale ? Bridsoukou, pye Nono chape li santi li vòltije anlè.

-Woy ! yo pran mwen ! Mwen mouri…


Nan demen maten Nono leve sou kabann grann li, ak yon konprès sou tèt li. Makso kote li a. Li sezi wè misye, li prale kouri pale. Rapid, Makso mete men sou bouch li, li di konsa :

-Yèswa ou te sou, mwen mennen ou tounen lakay ou. Sa sèlman pou fanmi ou konnen.

-Men Makso, kote ou te pase ? Mwen panse yo pran ou.

-Mwen pa te di ou konsa, bann Sanpwèl la ap sou wout li epi nou menm nou ap sou wout nou.

Nono resi konprann sans pawòl zanmi li an, depi jou sa a li gade Makso yon lòt jan. Li mande tèt li tou, eske tout sa li te resanti oswa tande yo, si yo te rive vre oswa si se imajine li te imajine yo ?

Fen.

Hervia Dorsinville


Ou si vous avez des questions, des corrections, des suggestions ou tout autre informations à partager, contactez l’auteur sur dhervia04@gmail.com (je réponds toujours mes emails).


Nuit Isolée : En Marge…

Je me sens autant vieille, fatiguée et meurtrie que jeune, énergique et inexpérimentée. C’est bizarre de commencer avec cette phrase qui ne veut rien dire, n’est-ce pas ? C’est parce que j’ai toujours cherché à vous dire les choses d’une façon si belle, si soutenue, si différente pour qu’enfin vous m’entendez que j’ai failli oublier le plus important ici, dans cette démarche, c’était juste de dire. Parler, exprimer, crier tout ce que je cachais à l’intérieur, sans me préoccuper de ce que vous pourriez en penser. Arrêter de me torturer l’esprit à chercher de vous faire comprendre. Pour une fois, écrire sans m’inquiéter si vous allez le lire ou pas. J’ai longuement pensée à vous écrire une lettre qui ne vous sera pas destinée. Une lettre pour moi mais qui parlera de vous à travers moi. Qu’est-ce qu’on dit déjà  dans une lettre? On commence par les nouvelles, je crois. Mais vous les apprendrez certainement de la bouche d’un autre, si vous souhaitez vraiment en avoir. Les gens d’ici ne sont pas radins en paroles sur les autres. Et avec la technologie des 3G, des 4G, des LTE, qui offrent un signal à la hauteur de nos bourses, ou de notre étiquette de pays pauvre. Leurs paroles volent bien plus rapide que nos rares oiseaux qui survivent encore à l’érosion, la déforestation et l’urbanisation droite à gauche.

En passant, j’adore lire les lettres. Surtout parce que j’ai souvent lu l’héroïne parlée de la sensation d’attente entre deux correspondances échangées avec un ami. J’aurais tant aimé en recevoir moi aussi, au lieu de ces messages, ces SMS, ces photos, ces stickers, ces emojis, ces GIF,  ces vidéos, ces publications, ces identifications, ces messages vocales, ces emails, ces Tweets,  ces retweets, ces partages, ces Direct messages, ces… J’aurais aimé juste recevoir une lettre. Écrite à la main, pour observer les lignes et les courbes d’une écriture ronde, ou penchée, ou allongée, ou espacée. Savoir que ce papier a été touché, manipulé par une personne qui voulait entrer en contact avec moi. Humer son parfum, son odeur ou les odeurs de son intérieur, découvrir une tache de graisse, ou un coin racorni. Sentir la vie entre mes mains, la sienne. Un tout petit morceau gravé en des signes et des codes que je prendrai le temps de déchiffrer, de définir, de gouter, d’apprécier. J’aurais aimé recevoir des lettres.


Pourtant, je n’aime pas trop recevoir les visites chez moi. Je préfère vous voir autour d’un verre dans un bar avec la musique trop forte, le plafond rempli de fil d’araignée, et avec des cafards qui se faufilent sous les tables. Ils ne me dérangent pas non, au contraire, ils font partie du décor. Un peu glauque, sale, inquiétant, miséreux mais tellement familier aussi parce que la plupart des bars du Centre-ville sont tous les mêmes. Peut-être qu’ils ont eu le même décorateur d’intérieur. Oui, je viens de faire une blague, au cas où mon humour vous a échappé. Vous voyez je sais rire ! Il y a encore de la vie en moi. Il n’y a pas que mes pleures et mes coups de gueules sur Facebook ou Twitter. J’aime aussi vous voir lors des fêtes improvisées, entres connaissances ou amis, ou amis d’amis, on s’assoit autour de plusieurs bouteilles de bières, on boit et fume jusqu’à ne plus se souvenir si le soleil, doit se lever demain matin très haut dans le ciel, que notre nuit n’est pas éternelle. Dans La belle amour humaine, j’ai lu ces phrases de Trouillot : «  La nuit est plus vaste des territoires. Chaque matin, on laisse ce territoire pour en habiter un autre qui n’offre pas les mêmes richesses. Chaque soir, au coucher du soleil, on y entre de nouveau. » Ses propos m’ont rappelé mon amour pour la nuit, et pourquoi à chaque fois qu’on me demande de parler de moi, je réponds : «  Je suis pareille à la nuit. » J’aime aussi vous voir dans une rencontre fortuite dans la rue, dans la pénombre d’une salle de spectacle d’un organisme culturelle privée ou internationale de Port-au-Prince, dans la cour d’une des soi-disant Facultés de l’Université d’Etat d’Haïti, dans les bancs inconfortables d’un minus bus faisant le circuit de Carrefour pour le Centre-Ville. J’aime vous voir partout, mais pas chez moi.

Maman avait toujours cette inquiétude de ce qu’on va manger demain qui m’agaçait au plus haut point. Mais depuis les jours de pays lock, son inquiétude a pris des proportions qui m’affectaient de plus en plus. Oui, elle prenait soin de nous en oubliant elle-même, et je me refusais à être sa plus grande création. Je me refusais à recevoir cette attention, cette éducation, cette vision du monde, cette affection qu’elle m’imposait et tendait à me faire devenir comme elle. Elle qui réfléchissait à ce qu’elle allait manger à midi pendant qu’elle avait encore le repas du matin sous sa langue. « La petite marmite de riz a encore augmenté sur le marché ce matin. Maintenant les marchandes demandent 40 gourdes pour un petit poivron tout racorni et sèche. Je suis partie au marché ce matin avec 1000 gourdes, je ne suis rentrée qu’avec 35 gourdes en poche, et je n’ai apporté des provisions pour qu’un seul repas. J’ai envoyé acheté 50 gourdes de pain au boulanger du coin, ton père n’est rentré qu’avec 4 morceaux de pain, emballés dans deux sachets séparés chacun avec deux morceaux pour 25 gourdes, pourtant il y a cinq personnes à la maison. » : se plaignait ma mère. Qui n’aura pas de pain demain ? Qui va s’en privé pour qu’un autre mange ? La plus petite, il faut qu’elle mange. Elle doit encore tellement grandir pour pouvoir survivre par elle-même. Et je cris souvent à tue-tête que mon frère et moi sommes assez grands maintenant pour survivre par nous-mêmes, pour que ma mère arrête de s’inquiéter. Cependant, nous sommes ses plus belles créations, alors elle continue avec ses inquiétudes qui me fatiguent. Et moi impuissante face à ses plaintes, préfère jouer l’ingrate, se servant de sa colère pour cacher sa honte. « J’ai fait une omelette avec deux lots d’œufs acheté à 35 gourdes, et elle ne pouvait être séparé en parties égales. » : continua-t-elle de se plaindre sourde à mon exaspération.  Le riz à toujours le même gout chez nous, à force que ce sont les même ingrédients, et les mêmes mains qui les font bouillir.  Et un soir, s’il goute différemment notre riz, c’était rarement parce qu’il y a eu un festin, mais plutôt à cause des périodes de vaches maigres qui s’allongeaient.


Tout ce que je veux maintenant c’est dormir, m’en aller, m’enterrer, disparaitre, ne plus exister. Comment peut-on être si fatigué de la vie tout en ressentant ce feu à l’intérieur ? J’ai autant envie de mourir que de vivre. J’ai autant peur de mourir que de continuer à vivre. Je crains la mort autant que la vie. Je suis bloquée. Je n’ai nulle part où aller. A part le sommeil. Oui, le sommeil c’est bien l’endroit où l’esprit, la conscience est en pause. On peut s’endormir en paix, parce qu’on sait que ce n’est pas éternel, ce n’est pas final. On va se réveiller. Le sommeil est un moment de pause à la vie. L’existence est si pesante pour moi. Constamment à ressentir des choses, à s’inquiéter, à espérer, à craindre, à planifier, à aimer, à haïr. Trop, toujours trop d’émotions inutiles qui tendent à faire exploser mon cœur. Je suis arrivée à un moment que je déteste ressentir les choses. C’est drôle je sais, détester ressentir. L’échappatoire à tout cela c’est le sommeil. Un sommeil lourd, avec les membres engourdis, ayant très peu de conscience de ce qui se passe autour, presque drogué. Un sommeil peuplé de rêves qui nous restent dans la bouche, ne sachant si c’est parce qu’on avait déjà telle personne en pensée, c’est pour cela qu’elle est venu discuter en rêve. Ne sachant plus si telle ou telle parole d’un ami a été prononcé en songe ou dans la réalité. Un sommeil confondant le jour et la nuit, le réel et l’imaginaire. Un sommeil très proche de la mort, mais qui nous tient assez éloigner aussi. Parce que la mort, c’est l’abandon, une perte de control totale que je me refuse parce que j’ai toujours ce feu à l’intérieur.

Rien à faire non plus. Manger quand j’ai faim, dormir quand je sens mes yeux sont fatigués, prendre une douche quand les odeurs de mes aisselles rivales avec d’autres dont je serai pudique ici à nommer. Je me refuse à travailler. Mes mains ne seront plus utilisées pour enrichir un autre. Les seuls quatre murs dont je me cloîtrai dedans seront ceux de ma chambre, et pas ceux d’un bureau mal climatisé, poussiéreux. Si mon dos me fait mal, ce ne serait plus parce que j’ai passé trop de temps assis à exécuter une tache dont je n’aurai pas choisi. Si mes yeux me font mal, ce serait d’avoir trop voyagé entre les pages d’un livre qui m’empêcherait de ressentir cette vie-là. Parce qu’en vérité, ce n’est pas les émotions et les sensations que je déteste, mais les miennes. Ceux des autres partagés dans les pages jaunies d’un roman, dans les notes d’une musique, dans les images d’un tableau, dans les scènes d’un film, je les aime bien. Et si j’en arrivais à également les détester, ce serait ça la fin. Ma fin. Je ne crains plus de finir solitaire, de vivre en marge de tout, d’être transparente, seule dans une pièce remplie de monde, parce que j’ai décidé de ne plus ressentir mon existence. Toi qui est entré dans ma vie, qui s’est installé convenablement, qui a joui de mon rire, gouter mes caresses, respirer mon air, et partager mes pensées. Toi qui as pris sans te l’avoir donné, et qui est parti nonchalamment après, te sachant à l’abri de toutes représailles. Tu es venu, tu t’es servi gracieusement et t’as quitté sans dire merci. C’est pour cela que je n’aime pas aimer. C’est pour cela que j’ai toujours eu peur de dire je t’aime. C’est pour cela que je resterai à l’écart. Ainsi aucun de vous ne pourra me trouver pour prendre ma vie comme si elle vous appartenait.

Je refuse de briller, ainsi vous ne pourrez pas me découvrir, puis me prendre, me dépenser, m’utiliser, m’user, et repartir comme si de rien n’était. Vous êtes des dévoreurs de lumière. La mienne ne peut et ne veut plus se faire sucer et puis rejeter sans aucune explication. Non ! Il y a une explication, enfin si l’on peut l’appeler comme ça. Vous êtes parties parce que vous avez eu marre de moi, de ma lumière, de mon étincelle. Parce que vous avez cru avoir tout bu, qu’il ne me restait plus rien. Voraces et inassouvis, vous en demandez encore de la lumière parce que vous n’êtes faites que d’ombre. Je vous ai vu briller, j’ai cru que vous étiez pareille à moi, j’ai voulu associer ma lumière à la vôtre, cependant ce n’était qu’un leurre. Vous absorbez celles de vos victimes, vous n’êtes que leur reflet, vous ne brillez pas par vous-même. Vous n’avez rien et c’est pour cela que vous vous goinfrer avidement, desséchant ma source, ma peau, ma bouche, mes lèvres. J’espère juste  ne l’avoir pas comprise trop tard. Et je ne suis pas fâchée, non, je suis blessée, je panse mes plaies seule dans mes mots. Je n’ai pas pitié de vous, parce que vous êtes un monstre. Vous ne l’avez peut-être pas toujours été, mais c’est ce que vous êtes maintenant. Une sombre créature, vile, qui attire les lumières des autres pour les absorber, parce que vous êtes vide. Sans nous, vous n’êtes rien. Votre survie dépend de notre lumière. J’ai vu votre vrai visage de monstre des ténèbres, mais je n’ai pas appris à identifier les prédateurs comme vous. Donc, j’éteindrai ma lumière, je la cacherai, je vivrai en marge en vous donnant toute l’espace. Etalez-vous monstres ! Prenez toute la place ! La périphérie me suffit…. Ne plus avoir de place est aussi une place, et je n’aurais plus à la chercher nulle part parce que je vous donne tout, monstre.

Hervia Dorsinville


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Saison 01 – Episode 01

Elle se pressa de grimper dans le bus en bousculant une vieille femme. Elle n’était pas encore assise que le conducteur démarra son engin, si bien qu’elle trébucha et cogna son genou dans le petit banc placé dans le passage. Rapidement elle dû s’agripper au dossier d’une des chaises du véhicule pour se déplacer avec peine, car déjà les autres passagers derrière elle la pressaient d’avancer. Elle était très en retard ce matin-là. N’ayant pas vu le temps courir, elle avait quitté Carrefour à 10 :10 Am. pour se rendre à un cours de 10 :00 Am. au Centre-ville.

Lourdement, elle se laissa glisser à côté d’un jeune homme, trop contente d’avoir trouvé une place dans le banc et pas dans le couloir. A peine était-elle assise, que le jeune homme à côté d’elle s’enquit l’air inquiet :

– Vous êtes-vous fait mal ?  Je vous ai vu cogner très fort votre genou tout à l’heure.

– Ah !  Oui. J’ai eu vraiment mal. Mais ne vous inquiétez pas, je vais bien merci, répondit-elle dans un sourire de gratitude.

– Ah c’est bien. 

Le jeune homme commença à la dévisager, à la détailler du regard. Il s’étonna de la finesse des courbes de son visage, de l’élégance des sourcils arqués qui ornaient ses grands yeux. Puis, il se mit à admirer le petit nez retroussé de la jeune fille, ses petites pommettes rondes et ses lèvres charnues, roses, qui doivent être si douces, si chaudes, tellement tentantes.

Soudain il remarqua que le beau visage de la jeune fille se renferma, devint sévère et il se détourna loin de lui. Il se rendit compte alors qu’il l’avait gênée, et devait trouver rapidement quelque chose à dire pour faire oublier cette mauvaise impression.

– Justin !  Dit-il tout en tendant la main vers elle et en lui souriant.

Elle le regarda étonnée et fixa la main tendue, semblant réfléchir puis répondit timidement en serrant la main du jeune homme :

– Carlie !

« Carlie », se répéta Justin intérieurement, comme pour goûter sa musicalité, pour le retenir par cœur. Il allait lui dire quelque chose d’autre mais Carlie s’était déjà retournée et avait engagé une conversation animée avec une autre jeune fille qui venait de s’asseoir près d’elle dans le couloir. Elles semblaient être amies. 

Justin se retint de la déranger, savourant entre-temps sa présence près d’elle, respirant son parfum, appréciant la douceur de sa peau qui frôlait à l’occasion contre la sienne. Il réfléchissait à quoi lui dire, quand prendre part à la conversation sans l’importuner. Le plan minutieux qu’il venait de concocter était bientôt prêt à être exécuté. C’est alors qu’un passager hurla son arrivée à destination au conducteur, et quatre autres passagers le suivirent. Libérant ainsi cinq places au total dans deux rangées qui se trouvaient à l’arrière. Carlie et son amie se déplacèrent de près de lui et allèrent s’asseoir ensemble dans une autre ligne. Anéantissant ainsi tous les projets de prise de parole de Justin.  Rendant inutiles tous les préparatifs psychologiques du jeune homme.

Pour Justin, c’était le jour qui se faisait nuit, le beau qui se faisait laid. Il est plus dangereux d’aller pour la première fois parler à une fille quand celle-ci est accompagnée d’une autre, que de se rendre dans la Jungle amazonienne. Justin pensait, et repensait à l’approche la plus favorable pour approcher la jeune fille encore une fois et peut-être, gagner son numéro de téléphone.

La conversation de Carlie et son amie allait bon train derrière lui, elles riaient à gorge déployée, parlaient fort, et faisaient de grands gestes avec leur main. Justin prêtait alors l’oreille avec attention, de quoi intégrer la conversation sans se casser les dents. Quand soudainement, un « agent marketing », comme on les appelle, fit irruption dans le bus et se mit à vanter les mérites de ses produits, notamment un savon d’argile qui faisait des miracles sur les peaux abîmées. Il souleva une discussion surchauffée dans le bus sur les femmes qui s’éclaircissaient la peau. Plus question d’attirer l’attention des jeunes filles qui se laissaient entraîner par la polémique que ce sujet soulevait parmi les passagers.

Justin eut beau se creuser la tête, il n’arrivait pas à concevoir un nouveau plan aussi parfait que le premier. Tellement de paramètres à prendre en compte à présent. Soudain, Carlie demanda au chauffeur d’arrêter car elle était arrivée à destination. Ils étaient déjà arrivé à Portail-Léogâne. Le chauffeur freina brusquement tant bien que mal, provoquant un grognement généralisé parmi les passagers. Ce n’était pas leur premier grognement. Il n’en revenait toujours pas que cela les fâche encore. Mais il avait d’autres soucis en ce moment. Carlie s’apprêtait à passer près de son siège dans le couloir pour se diriger vers la sortie, suivie de son amie. Tous ses espoirs étaient en train de partir en fumée. Quel diable avait choisi ce moment précis pour le frapper de mutisme !

Dans un élan de spontanéité, Justin décida de descendre après elle, de la rattraper, d’aller lui parler. Il savait quoi lui dire, tout était écrit dans son esprit, fallait juste que les mots se décident à sortir. Il s’apprêtait à descendre quand il remarqua quelque chose qui attira son attention et qui se révéla être la carte de bibliothèque nationale de Carlie, qu’elle avait sans doute fait tomber sans le remarquer quand elle s’empressait de monter dans le bus. Ce fut avec empressement que Justin s’empara de la carte, on eut dit qu’il s’accaparait d’un billet de mille gourdes avant que d’autres n’aient le temps de le voir. Cette carte représentait beaucoup à ses yeux, c’était une deuxième chance que le hasard voulut bien lui accorder et il n’avait pas l’intention cette fois de la laisser passer.

– Excusez-moi ! Laissez-moi passer !! Carlie attends s’il-te-plaît ! Criait Justin.

Arrivé près d’elle, il ne pouvait plus respirer tellement il avait couru. L’amie de Carlie barrait le chemin, comme pour la protéger de ce jeune qui agissait étrangement. Il tendit la carte à Carlie, son amie l’attrapa sans douceur et demanda l’air soupçonneuse :

– Il a ta carte de bibliothèque Carlie ! Comment il l’a eue ?

– Je l’ai trouvée par terre, expliqua Justin.

– Merci beaucoup, Ju… répondit Carlie qui ne se rappelait plus le prénom du jeune homme.

– Justin. S’empressa de dire celui-ci le corps tremblant de stress.

– Ah oui ! Justin ! Excuse-moi, je n’ai pas la mémoire des noms. Je te présente Mirabelle, mon amie, répondit Carlie dans un doux sourire.

– Enchanté Mirabelle, dit Justin.

– Mmmm… marmonna celle-ci.

Carlie se retourna déjà pour partir, brusquement il agrippa son bras, un acte rude mais purement désespéré.

Étonnée, Carlie le regarda les yeux ronds. Mirabelle le fusilla du regard. Uniquement Carlie existait aux yeux de Justin.

– Comment puis-je faire pour te revoir ? S’entendit-il dire.

Ces mots-là avaient vraiment franchi la sortie de ses lèvres ? Justin n’en croyait pas ses propres oreilles, tout en guettant timidement la réaction de la jeune fille. Mirabelle s’interposa entre eux et dit l’air sévère :

– Mon amie n’est pas une fille à faire amie avec le premier venu.

– Mais non, Mirabelle ! Ce n’est pas la première fois que je rencontre Carlie dans un bus. Juste que c’est la première fois que j’ai eu le courage de lui parler.

Carlie éclata de rire, tira son amie par la manche et rétorqua d’un air moqueur :

-C’est ma première fois à moi ! Si tu es si chanceux, permets au hasard de nous réunir une deuxième fois ! Et peut-être alors on pourra se passer du hasard pour se revoir.

Il ne s’attendait pas à cette réponse, le temps qu’il réfléchisse de quoi répliquer les jeunes filles avaient déjà traversé le carrefour. Elles étaient si jolies dans leurs robes. Carlie étaient un petit peu plus grande que son amie ; avec sa coiffure afro, ses cheveux défiaient la gravité, pointant comme des épis dorés au soleil.

Hervia Dorsinville


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Un 18 novembre, à une manifestation…

Source Le Nouvelliste

A l’ère de l’expansion des réseaux sociaux et de l’internet, les nouveaux mouvements sociaux émergents rapidement. Majoritairement, ils sont menés par des jeunes qui sont pour la plupart inexpérimentés dans l’occupation de la rue. Sandra, une jeune femme haïtienne est l’une d’entre eux. Le 18 novembre dernier, elle est sortie manifester pour sa première fois.

Sandra[1] avait tout planifié pour que sa mère aille à l’église avec son frère et sa cousine, afin de se faufiler dehors et quitter la maison, explique-t-elle. Mais son plan échoua car on était le 18 novembre 2018, les gens étaient chez eux, tendus, attendant la suite des évènements. Sa mère a été à l’église hier durant la journée, et on se préparait à ce que le pays soit fermé. Parce qu’il devait avoir la deuxième manifestation nationale pour demander des comptes sur la dilapidation du fonds Petro Caribe attribué à Haïti par le Venezuela. Le 17 octobre dernier, il y avait ce même rassemblement annoncé et c’était un vrai succès. Des centaines de milliers de gens ont pris les rues dans presque tous les départements du pays pour protester. Il n’y avait pas autant de personnes qui se sont rendus aux urnes lors de la dernière élection. Ceci fut un signe que la jeunesse haïtienne questionne, demande des comptes et s’engage à accomplir pleinement leur devoir citoyen et y jouir de ses droits. Pour sortir, habilement Sandra dû mentir à sa mère en disant qu’elle ira à une réunion à Carrefour et qu’elle reviendrait bientôt. Parce que les parents haitiens sont très réticents dès qu’ils constatent que leurs enfants s’impliquent dans la politique du pays, par crainte qu’ils y perdent leur vie. Il était 8 heures du matin.

La ville de Port-au-Prince a été vidée.

Sandra quitta Carrefour sur une motocyclette, traversant des zones hostiles comme le bicentenaire bloc Village de Dieu. Les rues étaient totalement vides, elle était seule à la merci d’une balle perdue. Arrivé devant le commissariat de Martissant elle failli faire demi-tour. Il y avait un grand attroupement de personne. Elle raconte qu’au début : « Nous pensions à une manifestation improvisée. Mais c’était l’accident de deux motocyclettes qui selon les gens sur place couraient à toute vitesse, et il y avait l’un d’entre eux qui avait pris la mauvaise voie. La vue de cette jeune femme d’à peu près mon âge dont la tête était couchée dans une mare de sang a renvoyé une image qui glace le sang.C’est le chauffeur en démarrant brusquement qui m’a tiré de ma torpeur, ce qui m’évita de retourner chez moi la queue entre les jambes. » Il était 8 heures 20 du matin.

Le parcours de la manifestation avait pour point de départ le Viaduc du Carrefour de l’Aéroport, monté l’autoroute de Delmas pour gagner Pétion-ville, redescendre en direction du Champs-de-Mars par la route de Bourdon. La jeune femme s’est préparée comme pour aller en guerre, parce c’était déjà annoncé que la manifestation du 18 novembre ne serait pas comme celle du 17 octobre. Certains pensent qu’elle s’était bien déroulée au final à cause de la grande participation de la population, malgré qu’il ait eu plus une dizaine de morts. C’était à prévoir que le pouvoir en place n’allait pas rester sans réagir.

Portail Léogâne était morte, pas de passant pressés allant je ne sais où, pas de motocyclette et de taxi qui vous passait presque sur les pieds. Il n’y avait pas de jeunes hommes dont la jeunesse se perdait avant même d’éclore véritablement qui feintaient avec la vie. Non plus des policiers en uniforme bleu et crème qui faisaient je ne sais quoi à l’intersection qui traverse la rivière du Bois de chêne. Il était 8 heures et 40 minutes du matin,

Les rues étaient toujours aussi nues et effrayantes que celles qu’elle avait déjà parcourues. Champ-de-Mars, Lalue, Poste Marchand, et Nazon toutes des zones mortes avec un minimum de présence humaine pour ne pas donner un aspect de fin du monde. Et il y avait la présence policière avec arme lourde dans des points stratégiques de la capitale. Mais dès qu’on entrait plus profondément à Nazon, une trainée de fumée noire s’étendait dans le ciel avec de tout petit nuage blanc qui s’étiraient sous un fond bleu. L’odeur de la fumée des pneus brulés pouvait vous happer brusquement par le nez à des kilomètres du feu, on était enfin arrivé au feu de l’action. Il était 9 heures du matin.

Un rassemblement hétéroclite sous le Viaduc de Delmas

Les gens s’étaient attroupés à l’ombre sous le Viaduc, une musique assourdissante s’échappait des haut-parleurs déposés dans un pick-up. C’est dans cette ambiance que la jeune femme se trouva pour le rassemblement, la tension était palpable. «  Je parcourais du regard l’endroit, il n’y avait personne que je connaissais avec laquelle je pouvais m’associer pour faire la route. J’appelai  James qui devait se rendre aussi à la manifestation. C’est un ami, et lui habite à Delmas, il devait déjà être-là. Mais, il n’y était pas encore, et m’envoya auprès d’un autre ami, Bastia, qui est un activiste politique et ancien candidat », nous explique Sandra qui était un peu effrayé de se trouver là toute seule. Il était 9 heures 20 du matin.

L’attente avant le départ était long, presque deux heures de suspense, avant de finalement quitté la place. Mais les manifestants ont profité du moment pour débattre de la situation, sur les raisons qui les a rassemblées ici, et sur les différents acteurs dans la lutte ou de la crise. Ils ont fait connaissance, et c’était aussi l’occasion de renouer des connaissances de longues dates. Ils se sautaient presque au cou l’un de l’autre en riant et en évoquant le bon vieux temps des autres luttes qu’ils ont mené dans leurs jeunesse. On pouvait déjà identifier les différents groupes qui étaient présents et les gens qui étaient venus en solitaire et d’autre en groupe mais pas organisé politiquement. Il y avait, les gens du groupe Sektè Demokratik, les gens du groupe d’Ayiti Nou Vle A, et des Lavalassiens envoyés pour crier avec une photo plastifié de l’ex-Président Jean Bertrand Aristide, Vive le Roi. Il était 10 heures moins 20 minutes.

Une route parsemée de danger

Rapidement la foule s’était formée, on arpentait l’autoroute de Delmas en direction de Pétion-ville, au début les haut-parleurs des gens du Sektè Demokratik crachaient une musique carnavalesque. Les manifestants en colère scandaient qu’ils étaient venus protester, pas se trémousser sur le béton chaud. Il existe tout un monde dans la foule, ils marchaient tous ensemble mais certainement pas pour la même raison. Des distributions de sachet d’eau se faisaient, et nombreux se battaient pour un pauvre sachet. Il y avait aussi qui distribuait des caches nez à leur camarade de lutte. Il était déjà plus de 11 heures du matin.

Arrivé à Delmas 75 et  Delmas 95, il y a eu une course de panique de la foule qui craignait les jets de pierres et de bouteilles. Tête baissée, ils couraient contre un mur. Ils étaient exposés et avaient peur. Après cet incident la route est devenue de plus en plus dangereuse. Certains manifestants paraissaient de plus en plus déterminés à tout casser sur la route. Ils déchiraient, brulaient, jetaient, cassaient et détruisaient tout ce qui attirait leur attention sur leur passage. C’était leur moyen à eux d’exprimer leur colère et leur ressentiment face au gouvernement qui clairement faisait peu de cas de leur revendication. A ce moment, ils étaient à Pétion-ville presqu’à la queue de la foule. C’est alors que la police fit feu sur les manifestants en colère, et Sandra courra se réfugier dans une petite boutique qui est dans une pompe à essence. Il était midi.

La foule continua de marcher mais plus rapidement, tout en évitant les abords de la route à cause des jets de pierres sur tout ce qui peut être brisé. Fenêtres des maisons, boutiques ou entreprises, enseignes, panneaux publicitaires etc. Ces manifestants en colère ne voulaient faire aucune distinction entre les pauvres et les puissants. Ils scandaient qu’il n’y a pas de pauvres qui habitent à Pétion-ville et que les habitants de cette ville étaient restés tous silencieux face au sang d’innocent qui a coulé lors du massacre de Lassaline, le 13 novembre dernier.

Sur la route de Bourdon, la situation s’était vraiment corsée. La police a encore tiré sur les manifestants, et il y eu un mort. Sandra décrit que : « Les balles sifflaient forts dans nos oreilles. Moi, une femme entre deux âges et mon compagnon, nous étions cachés derrière des arbustes et des poteries qui étaient exposé dans une partie de la route par un marchand. Quand le calme fut revenu, nous sommes sorties apeurés et traumatisés, mais le pire était toujours à venir. » Elle avait raison, car la police tira encore une fois sur les manifestants, et cette fois-ci il n’y avait pas de lieu pour se réfugier. La foule était face à la route, les balles de la police, les mornes d’un côté et un ravin chargé d’arbres d’un autre. D’un instinct subit, certains se refugièrent dans les bois, d’autres prirent leur jambes à leur cou dans la montagne. Ils se bousculaient, certains faillirent tomber la tête la première dans un taillis de mauvaises herbes et de bois morts. Il était presque 14 heures.

Solitaire et pénible retour chez soi

Au final, la manifestation du 18 novembre n’avait rien de ce qu’elle avait déjà vécu, revèle Sandra. Ils n’ont pas vraiment crié et scander des slogans hargneux contre le gouvernement comme les précédents rassemblements dans le mouvement Petro Caribe. Au contraire, c’était une longue et dangereuse marche où l’on devait à chaque instant craindre pour sa vie. Le retour chez soi fut une longue descente en solitaire et très pénible car ses pieds étaient meurtris. « La fatigue me happa d’un coup lorsque je descendais la Fleur du Chêne, j’ai dû faire un grand effort pour continuer de marcher jusqu’à Portail-Léogâne. Mais j’étais satisfaite, j’avais fait ce que je devais faire », confia Sandra en guise de conclusion de sa journée de manifestation. Il était 16 heures moins 20 minutes.

Hervia Dorsinville


Ou si vous avez des questions, des corrections, des suggestions ou tout autre informations à partager, contactez l’auteur sur dhervia04@gmail.com (je réponds toujours mes emails).


[1] Nom d’emprunt.

Nuit isolée : Indiscrétion…

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Cela fait plusieurs jours que l’homme tentait de convaincre la femme qu’il n’était pas celui qu’elle croyait. Des jours qu’il usait de tous les moyens et canaux pour la faire entendre, la faire comprendre qu’elle était en train de lui imposer une étiquette. Des jours qu’il essayait vainement de la faire sentir qu’elle s’était trompée sur son compte. Des jours qu’il voulait lui faire accepter que leur dispute fût le fruit d’une incompréhension au sujet d’un geste anodin, une gaffe, une bourde, une chose simple. À se faire matraquer encore et encore du même discours, confronter toujours et toujours la même objection, la femme est arrivée à se demander si elle n’avait pas eu tort, si elle n’avait pas mal réagi, si elle n’était pas un peu excessive…


C’était difficile pour elle de l’admettre, cela blessait sa fierté, sa capacité de juger les personnes qui l’entouraient, et de son jugement porté vers l’homme, qui a subi le châtiment du silence, du refus total de tout contact de la femme pendant des jours. L’homme prétendait ne pas nier ses actes, pour cette raison, il n’allait pas lui demander d’oublier et tout lui pardonner. Mais il faisait tout pour écarter l’interprétation de la femme de l’affront commis et déformait la réalité jusqu’à chercher à la recréer. « Peut-être qu’il avait raison. » : Cette idée torturait l’esprit de la femme et elle ne voulait surtout pas être injuste.


Puis vient ce jour-là. Ils ont passé des heures à discuter au téléphone, presque toute la matinée, soit par message, soit par appel, en alternant par moments lorsqu’il avait dit une stupidité qui ranimait la flamme de la colère de la femme qui raccrochait sur le coup, dans un désir total de silence, pour ressentir ensuite un besoin profond et rageur de lui dire ce qu’elle pensait de lui. Ce cycle se répétait une fois, deux fois, trois fois, jusqu’arrivai un moment où, le cercle se rétrécit au point qu’elle se remit à rire de ses blagues. La situation avait changé sans qu’elle ne se rendit compte. Oui, parce qu’une femme qui rit de vos blagues ne vous considère plus comme un ennemi à abattre. Ses barrières ont été levées et elle accepta même de rencontrer l’homme dans un bar, pour continuer à discuter calmement autour d’un verre. Après tout, nous sommes tous des humains, nous sommes aussi supposées êtres des créatures douées de raison et que nos différends pouvaient se résoudre dans le calme.



Alors, l’homme et la femme étaient dans ce petit bar-resto chic dans l’aire du Champs de Venus de Port-au-Crasse. Vous ne pouvez pas le rater. Pendant longtemps, à cause d’une affiche publicitaire devant, la femme a cru qu’il s’appelait comme cette bière allemande très apprécié ici en ce pays. Et c’est aussi le seul établissement qui peut se permettre de vous faire payer le prestige à près de 5 dollars américains, pendant qu’à une centaine de mettre plus bas, sur la Place des Comédiens, on pouvait se le payer à moins d’un dollar américain. La quantité d’argent que possèdent des millions de nos concitoyens chaque jour pour se nourrir, selon une étude réalisée depuis les années 90, peut-être. Et même si on était en 2019 aujourd’hui, elle ne pouvait pas être démentie parce que les indices démontraient déjà un chiffre encore plus bas que moins d’un dollar américain qui nous guettait à l’avenir. Les économistes devraient se creuser un peut l’esprit pour le trouver, ce chiffre.


Donc, ils étaient dans le restaurant de cet établissement, chacun avait leur bière. L’homme disait avec amusement qu’il était venu ici pour manger un bon poisson, il avait faim, après ils iront chez le peuple, pour continuer de boire le prestige avec elle. Et c’est peut-être en essayant de faire une autre de ces blagues qu’il partageait avec elle cette chanson de Jacques Brel qui disait : » Les bourgeois, sont comm’ les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient bête. » Cependant, ça ne l’a pas fait rire parce qu’ils étaient dans une pièce fermée, dont l’écho de leur voix atteignait la porte et il voulut passer la musique dans son hautparleur. Elle a refusé, mais il continuait de fredonner la chanson doucement, en rigolant. Le propriétaire du bar-restaurant était à portée d’oreille lorsqu’il fit sa blague ; lui aussi ça ne lui a pas fait rire, vu qu’il est venu leur demander l’addition. C’était la première indiscrétion de l’homme qui l’a gêné depuis le début de leurs retrouvailles. Le propriétaire était certes un vieux mulâtre bourgeois avec l’esprit coincé, qui puait le mépris à des kilomètres à la ronde ; mais la femme trouvait sa blague n’était que de la provocation gratuite.


Alors ils débarquèrent ensemble, main dans la main, sur la Place des Comédiens. Changement de décor radical. Bruits, odeurs, personnes, images, couleurs, objets, senteurs, sensations. Tout était en désordre, un chaos vibrant de vie et d’énergie. Ce qui contrastait fortement avec l’ordre parfumé et la propreté aseptisée du bar-resto bourgeois qu’ils venaient de quitter, il y a dix minutes à peine. Aux tables en verre polies ; les plantes vertes dans les recoins de la pièce ; le carrelage fraichement ciré ; les vases de fleurs, peintures, ou sculptures déposées sur des petites tables de bois; les miroirs suspendus près de belles fenêtres blanches ; l’air frais de la climatisation ; le serveur poli, respectueux, et réservé, faisaient place, aux tables en plastique avec une nappe tout aussi en plastique dessus ; les ordures qui les entouraient de partout ; la terre battue dont la poussière s’élevait à chaque pas ; le téléviseur qui diffusait rien parce qu’il était trop loin et il y avait plusieurs haut-parleurs qui diffusaient chacun leur musique ; les mendiantes vieilles femmes ; les mendiants jeunes hommes vigoureux ; les mendiants petits garçons et petites filles ; les marchands de pop-corn, de chewing-gum, de Pringles, de cigarettes, de lambis, d’écrevisses, de bracelets ; et la petite serveuse fraichement sortie de la campagne dont le postérieur, dès que l’homme l’eut aperçu, eu immédiatement la qualification machiste de « petit cul bien serré ». Et ce fut la troisième indiscrétion de l’homme.



À leur sortie du bar resto bourgeois, l’homme avait mis la main aux fesses de la femme une énième fois qui fut de trop pour elle. Déjà, durant leurs relations la femme détestait qu’il empoigne ses fesses dans la rue, encore moins maintenant qu’ils n’étaient plus ensemble. C’est à cause de cela qu’elle avait prestement saisie le poignet de l’homme et a menacé de la casser, s’il osait encore une fois lui mettre la main aux fesses sachant pertinemment qu’elle était contre. Après cette deuxième indiscrétion, elle tremblait de colère en elle-même et si ce n’était pas cette question qui lui torturait l’esprit, elle serait rentrée chez elle sur-le-champ et aurait dit adieu au prestige du peuple de la Place des Comédiens.


La femme ne comprenait pas pourquoi il la voulait toujours dans sa vie, alors qu’elle avait tout fait pour le mépriser, l’ignorer, le tourmenter. Depuis leur dispute tout ce qu’elle voulait c’était lui faire du mal, et en femme pleine de ressources, elle s’y était appliquée pendant des jours. Pourquoi il l’accusait d’avoir allé trop loin dans sa colère et qu’il faisait tout pour qu’ils se réconcilient ? Pourquoi vouloir une femme qui a cherché à vous nuire et qui a menacé même d’attenter à votre vie ? Pourquoi chercher à rester auprès d’une personne qu’à chaque phrase sortant de sa bouche, c’était une injure à votre encontre ou à vos relatives ? Ces incohérences perturbaient la femme, ils lui laissèrent perplexe, sans voix. Alors elle accepta de continuer de boire avec lui. Une, deux, trois bières, l’atmosphère se détendit et il réussit même à lui faire rire de ses blagues. Ils discutèrent de leurs sentiments. Et un homme qui consent à discuter de ses sentiments, c’était rare et c’était beau. C’était pour cela qu’elle se laissait aller, et était d’accord pour aller dans un autre bar qu’ils connaissaient bien tous les deux à la rue Rameau. Celui-ci n’avait pas de propriétaire raciste, bourgeois et collet monté comme le tout premier, il n’y avait pas aussi la pollution sonore, odorante et visuelle comme celle de la Place des Comédiens, et la bière était toujours abordable.



Une tournée des bars qu’il avait proposés, l’homme. Une tournée des bars c’est ce que la femme avait en tête lorsqu’ils prirent le taxi moto qui les y emmenèrent. Cependant à la rue Rameau, c’était aussi l’endroit où l’un de leurs amis avait sa chambre d’homme, et qu’ils venaient durant le temps de leurs relations pour avoir un moment de grande intimité. Ce fut la quatrième indiscrétion de l’homme lorsque le taxi moto ne s’arrêta pas devant le bar, mais devant la maison où habitait leur ami. Depuis, les indiscrétions de l’homme furent tellement nombreuses qu’elle arrêta de les compter. Sur le moment la femme ne sentit pas dupe, parce qu’elle avait bien en tête ce qu’elle était venu faire, et les bouteilles de bière qu’ils avaient ingurgitée ensemble n’altéraient en rien sa volonté ou sa raison. Après tout ils étaient chez un ami, un lieu qui lui était familier. Alors elle a ri intérieurement en le suivant à l’intérieur, elle continua de rire lorsqu’il se déshabilla prestement et s’allongea tout son long sur le matelas étendu par terre.


Cela faisait presque huit jours que la femme n’avait pas d’électricité chez elle, malgré la promesse de campagne du président actuel qui avait déjà deux années au pouvoir, de donner l’électricité 24h/24 sur tout le territoire national. Alors elle voyait à chaque occasion de recharger son téléphone comme une aubaine, et regrettait à chaque fois d’avoir oublié d’apporter son back up pour conserver un peu de charge électrique supplémentaire. Calmement, ne faisant pas tout un plat de la supercherie de l’homme, elle tira son téléphone de son sac et le brancha. Puis elle s’installa sur la chaise, dédaignant, ignorant totalement l’homme sur le lit. Ils continuèrent de papoter de bon train, ils parlèrent de jazz, de Jacques Brel. Ils discutèrent de ces sujets innocents, sages, sans aucune attache ou d’effort mental important, ces sujets qu’on oublie rapidement leur contenu après les avoir évoqués avec détachement, juste pour remplir le silence.


La femme avait comprise rapidement que l’homme n’allait pas sortir du lit de sitôt, il prétextait une soudaine et étrange fatigue qui nécessitait qu’il soit presque nu pour se reposer. Continuait de s’agiter dans le lit, attirant la femme avec des minauderies, des artifices et des jeux coquins pour qu’elle le rejoigne. Mais elle refusa toujours et encore, résistant à toutes ses avances et arguments. Alors, il la poussa sans ménagement sur le lit, l’entourant de ses bras, la coinça, cherchant à la caresser, à la déshabiller, à la déchausser. Mais avec agacement, la femme enlevait la main de l’homme à chaque fois, et détournait la tête quand il essayait de l’embrasser. Elle lui fit même comprendre qu’elle avait ses règles, mais il prétendit qu’elle était sur son quatrième jour et ce n’était pas grave, le gros de son sang avait déjà coulé, quelques gouttes de sang sur le préservatif ne le dérangeaient pas, il la voulait, là, et toute de suite. C’était presque un impératif auquel la femme se devait d’obéir. Chose qui l’énervait au plus haut point parce qu’elle n’en avait cure des désirs de l’homme ; elle en avait déjà marre de lui et se préparait mentalement à partir. Elle continua toujours d’expliquer calmement que le vagin d’une femme était trop sensible au moment de leurs règles, cela la gênerait énormément d’avoir des rapports sexuels maintenant, elle n’avait réellement pas envie ; mais il prétendit qu’elle pouvait endurer, qu’elle ne devait pas être égoïste, mais compréhensive. Et il fallait qu’il jouisse.



Toute action qu’il posait pour la rapprocher de lui se soldait par un rejet qui se manifestait de manière catégorique, verbale et corporelle. Pourtant l’homme n’abandonnait pas, il s’évertuait à gagner une bataille qui était perdue d’avance. La femme avait dit NON dans sa tête bien avant que l’homme eut même pensé à formuler toute demande qui avait pour objectif de les unir. La femme n’a jamais cessé de mettre de la distance entre eux, elle usait de tous les moyens communicationnels qui étaient à sa disposition. Sa voix disait NON, le ton de sa voix disait NON, les mots qu’elle avait choisis disaient NON, ses deux poings fermés et ses bras croisés en croix sur sa poitrine disaient NON, ses pleurs disaient NON, tout son corps criait NON. Ne pas la toucher, respecter le droit d’user de son corps comme elle l’entendit, son droit de se refuser à lui ; il fallait juste que l’homme s’éloigne d’elle.


L’homme et la femme étaient presque dans un état d’hystérie commune, une folie commune. Lui désirant plus que tout au monde se lier à elle, mais l’objet de ses désirs faisaient dix pas en arrière à chaque pas en avant qu’il faisait. Elle s’éloignait toujours et toujours de lui. Deux personnes tirant chacun sur un bout de corde, et refusant de le lâcher. Mais la femme avait droit sur ce bout de corde, qui représentait son corps, et elle était déterminée à exercer ce droit jusqu’au bout. L’homme refusait de comprendre que c’était à lui de se rétracter, de cesser de tirer sur la corde. C’était pour cela lorsqu’il tordit ses doigts jusqu’à ce qu’elle criât de douleur, elle préféra laisser libre à ses larmes au lieu de céder à ses avances. L’homme s’énerva, et il devient sérieusement violent, l’étreignit si fort qu’elle faillit s’étouffer. La réduisant à un enfant, en lui interdisant de quitter la pièce à chaque fois qu’elle faisait mine de vouloir partir. Il la tenait là un bras en dessous de son cou, tirait sur ses cheveux, tordit son poignet, tirait ses oreilles, posant toujours les mêmes questions. « Pourquoi je ne peux pas te toucher ? Pourquoi tu refuses de me parler ? » Elle ne répondait pas, car la réponse était trop évidente. L’homme ne pouvait pas la toucher et elle était silencieuse parce qu’elle avait déjà dit: « NON! ». La bouche hermétiquement close, les lèvres jointes, pincées , les dents serrées, elle ne pipa pas mot aux questions et aux demandes de l’homme. Toutes les questions qu’il pouvait poser étaient déjà répondues par un NON, ferme, catégorique, indélébile. Rien de ce qu’il aurait pu faire ou dire, ou montrer ne pouvait changer le NON de la femme en OUI.



L’homme persistait toujours dans son refus d’accepter le choix de la femme, il persistait à la toucher, lui enlevant ce droit individuel qu’elle avait sur son propre corps. Il n’était pas fatigué à ce qu’elle le repousse et continuait à chercher à la toucher, à la caresser, à l’embrasser. « Laisse-toi aller. Laisse-moi faire. Laisse-moi jouir. » : Ce sont ces mots fétides qu’il répétait en susurrant en boucle, ces mots qui coulaient comme de l’eau sur la surface lisse d’une pierre. Elle voulait quitter la pièce et partir, cependant à chacune de ses tentatives il réagissait violemment, en rappelant qu’il contrôlait la mobilité de la femme. C’était faux. Il n’avait pas de pouvoir sur sa liberté de mouvement. Elle savait que la liberté se prenait et ne se donnait pas. Pourtant elle n’était pas prête à tout sacrifier pour regagner cette liberté. Elle n’était pas prête à se battre, à recevoir des coups et à saigner. Il y avait déjà tous les outils à sa disposition, une agrafeuse à portée de main, un fer à repasser près de la porte, ensuite il n’était pas chez lui, donc elle n’avait qu’à briser n’importe quel objet de valeur dans la chambre pour déstabiliser l’homme, distrayant son attention sur autre chose et en profiter pour partir. Malheureusement ils étaient chez un ami, son ami à elle aussi, elle allait devoir s’expliquer avec cet ami si elle brisait quelque chose. De surcroît cela risquait de le rendre furieux. Le frapper n’était pas la bonne stratégie.

Ne faudrait pas oublier que les coups et les blessures sur le corps d’une femme sont toujours trop lourds à porter. À part la douleur physique, émotionnelle, il y avait aussi la douleur sociale. Les questions de sa famille, de ses amis, et les regards des inconnus, la femme n’était pas prête à les affronter. Alors elle se fit petite, se recroquevilla sur elle-même, s’enferma dans son silence, se focalisa sur les objets qui étaient là, se forçant à ne pas réfléchir en déplaçant son esprit du moment de l’action. « Simone Veil, L’enracinement. Je devrais chercher à lire ce texte. Il y a combien de petits carreaux dans le ventilateur à terre ? De ma position sur le lit est-ce que je peux compter combien d’hélice possède ce ventilateur ? En passant je dois aussi m’acheter un ventilateur. Ce serait bien aussi si on avait un microwave à la maison. » Les pensées se succédaient dans sa tête, parfois sans aucun lien. Elle s’efforçait juste de penser à autre chose tandis que l’homme continua de la forcer à s’ouvrir à lui, cherchant toujours à la toucher, à insérer ses doigts dans son pantalon ou sa main dans son corsage.



C’était grave qu’elle ait pensé en ce moment à sa mère qui l’avait empêché de sortir avec ce petit bout de pantalon sexy, qui l’allait si bien, et qu’elle ait voulu porter. C’était révoltant qu’elle ait remercié mentalement sa mère pour l’avoir empêché de s’habiller comme elle le voulait. C’était révulsant qu’elle soit si contente d’avoir légué ce droit à sa mère, et c’était une des raisons qui rendaient difficile à l’homme d’avoir accès à son vagin. Elle était paniquée et terrifiée qu’il usa encore plus de force brutale pour la prendre. La femme se préparait mentalement à l’éventualité de se résigner à donner et recevoir des coups s’il osait la violer. « Est-ce ainsi que se passe un viol ? Va-t-il le faire ? » : Ces questions lui torturaient l’esprit.
Elle avait déjà eu affaire à ce genre de situation, enfin comme la grande majorité des femmes. Elle se rappela de la fois où, un ami l’avait aussi amené dans une chambre d’homme pour avoir des rapports sexuels qu’elle n’avait pas souhaités, ni voulu. Tandis que cet ami était censé l’aider à s’inscrire à l’Institut National d’Administration de Gestion et des Hautes Études Internationales (INAGHEI). La femme qui n’était qu’une jeune fille à l’époque s’était mise en colère, avait dit NON et avait quitté la pièce. Pourquoi est-ce différent aujourd’hui ? Pourquoi un NON ne semble ne pas lui suffire ? Pourquoi il la retient contre sa volonté ? Pourquoi il continue de la tripoter malgré son NON ?


Une dernière fois elle lutta pour se libérer de l’étreinte de l’homme qui l’immobilisa et courut vers la porte. De justesse il l’en empêcha et tirant fortement sur sa chemise qui craqua. Elle s’arrêta net. Des habits déchirés, une tête décoiffée, et ses effets personnels qui étaient toujours dans la chambre la ramenèrent vers lui, malgré elle. Et toujours décidé à lui résister, finalement elle attrapa le fer à repasser pour le tenir à distance. Il lui enleva rageusement des mains, mis son coude sous sa gorge et la menaça encore une fois qu’elle ne pouvait pas partir sans qu’il le veuille. Alors dans une rage sans nom elle lui cria au visage : « Tue-moi ! Il suffit juste que tu me tues et tu pourras faire ce que tu veux de mon corps.» Elle était déterminée, elle crut préférer mourir au lieu de rentrer chez elle, le visage, le vagin, tout le corps et l’âme meurtrie de coups, de honte. Elle se disait préférer perde sa vie que d’abandonner. Mais avec effroi elle prenait soudain conscience de tout le chemin séparant sa volonté de faire quelque chose et l’action de la chose. Toute sa volonté réunie n’allait pas suffire à la faire réagir s’il usait encore plus de brutalité, la femme le savait, et les larmes pompaient de ses yeux.



La confrontation dangereuse se lisait dans les prunelles de l’homme et de la femme. Elle était déterminée à partir, lui était déterminé à la maintenir sous son contrôle. Avait-il peur d’avoir allé trop loin ? Était-ce pour cela malgré quoiqu’il ait complètement débandé et qu’il la gardait dans la chambre ? C’était clair qu’à ce moment il n’était plus question de plaisir sexuel. Elle était en colère contre lui, encore plus en colère qu’avant d’être venue le rencontrer dans le bar. Il était conscient, et il cherchait à la calmer. Mais le mal était fait, elle avait déjà mal dans son corps, dans son estime d’elle-même. Ses cheveux étaient totalement décoiffés, ses mains, ses doigts, ses bras, sa poitrine, son cou lui faisaient mal à force d’avoir lutté contre lui. Le contrôle de la situation avait longtemps échappé à l’homme depuis le moment où, elle avait tenté de partir et qu’il l’avait empêché en usant de la force et des menaces contre elle. Il n’y avait plus de retour arrière, la limite à ne pas franchir a été brisé, la femme le regardait maintenant qu’avec haine et mépris.


La fin de cette histoire ne fut pas trop différente que son déroulement, à part l’homme qui finalement accepta de la laisser seule dans la chambre. Il resta dehors, l’air décontracté, presque enjoué et fredonnait encore : » Les bourgeois, sont comm’ les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient bête. » Elle essaya le mieux qu’elle pouvait d’arranger sa coiffure et sa tenue pour se rendre présentable. Ramassa par terre ses effets personnels, le peu qui lui restait d’estime et elle allait partir. Mais encore une fois il refusait de lui accorder la seule chose qu’elle désirait et qui était légitime, partir. L’homme voulait discuter. La femme voulait s’en aller pour apaiser sa rage et ses larmes. Elle n’était que colère, honte et tristesse. Lui il parlait d’ego. Lui demandait des explications à son COMPORTEMENT. Lui disait qu’il était inquiet de la laisser rentrer seule dans le noir.

Ses efforts pour la retenir et discuter étaient dérisoires comparativement à toute l’énergie et la force contraignante qu’il avait employé pour ne pas respecter sa décision de ne pas se laisser toucher, peser, palper, malaxer, manier, manipuler, pétrir, pénétrer, peloter, presser, saisir, tâter, tripoter, caresser, chatouiller, frôler, affleurer. L’homme exigeait des explications sur les rebuffades de la femme face à tout contact vis-à-vis de lui. Il ne comprenait pas qu’elle n’avait pas à se justifier, elle avait dit NON, et tout devait s’arrêter là.


Vous savez, le téléphone portable est décrit par certains chercheurs comme un membre extérieur avec votre corps. Il est aujourd’hui pour beaucoup de personnes comme un prolongement d’eux-mêmes. C’est peut-être pour cela qu’on se rappelle de tous les téléphones portables que l’on a utilisés, ne fut-ce qu’un temps restreint. Imaginez, un ami que vous faisiez confiance, qui est censé avoir de la considération ou de l’estime pour vous, pointe une arme sur vous et menace de prendre votre téléphone sans votre consentement. Pour une raison vous échappant la personne ne vous tue pas, mais l’arme est déjà dédaignée, les menaces déjà faites, les coups de crosse vous les avez déjà reçu. Vous luttez avec cette personne qui refuse de lâcher votre téléphone. Et quand finalement, il semble abandonner l’idée de vous le prendre, il vous exige des explications, une justification, il conteste votre NON. Il vous demande des comptes sur votre colère, tandis qu’il a tenté et usé de la force pour vous prendre quelque chose qui vous appartenait, que vous avez refusé de donner accès.



Pour cela la femme n’avait pas de mot, rien à lui dire, elle voulait partir. L’homme contestait toujours. Demandait toujours à discuter. Tenait à recevoir des explications sur son mutisme et son comportement dans la chambre. C’était presque un père qui récriminait sa fille parce qu’elle est butée. Il ne lui restait que de détacher sa ceinture et de la fouetter durement pour la « corriger ». C’était lassant et aberrant. La femme le repoussa et couru dans la maison, descendit l’escalier en trombe et leur dispute privée fut publique. Malgré cela l’homme tenait dur comme le fer à la ramener chez elle, à essayer de parler, cependant elle se rétractait et se rebutait à chaque fois qu’il essayait d’établir le contact. Il lui prit ses bijoux, disant ne pas vouloir qu’elle disparaisse de sa vie et désirait conserver quelque chose d’elle. Avec fureur elle brisa les bracelets et le collier qu’il avait pris, ne voulant conserver aucun lien pouvant la tenir attaché à lui.

C’est alors qu’un voisin est venu parler à l’homme, alerté par la dispute ; elle parvint à échapper au contrôle de l’homme. Mais il l’a suivi dans la nuit, la tenait par le bras, héla un taxi moto et décida pour elle qu’il devait la ramener chez elle, quoiqu’elle ait décliné maintes fois cette demande, par un NON. Le chauffeur du taxi moto rappela à la femme dans quelle société misogyne elle vivait, avec ce commentaire vraiment déplacé : « A cette heure petite chérie, il ne faut pas mettre en colère un homme. Et il est en train de dépenser pour vous, il ne faut pas vous fâcher. » Durant tout le trajet du retour, l’homme conserva un aspect désinvolte, il fredonnait toujours Jacques Brel, et tentait encore de la tripoter, d’insérer sa main dans son corsage, de caresser la pointe de ses seins, de la toucher. Et elle continua sans relâche de le repousser.


Seule dans son lit, elle fermait fort ses yeux pour ne pas penser à tout ce qui venait de se passer. Elle voulait oublier, effacer de sa mémoire l’homme et ses attouchements à la limite de l’obscénité. Elle se sentit sale, totalement impuissante, et se demandait qu’est-ce qu’elle aurait fait s’il l’avait violé. Quand soudain son téléphone sonna, un message de l’ami locataire de la chambre où ils étaient. Elle lui mit au courant de ce qui venait de se passer tout en évitant de lui donner tous les détails. Quand bien même c’était chez lui que tout ceci venait de se passer, et le voisin était son voisin. Elle craignait la réaction de l’homme, et demandait à son ami de rien lui dire à propos de leur conversation et alla se coucher.



Au petit matin, son esprit était brumeux, les souvenirs de la veille aussi intense qu’ils étaient ne parvenaient pas à percer le brouillard confus qui enrobait sa mémoire. Mais les messages hargneux de l’homme sur son téléphone et son corps qui lui faisait tellement mal lui rappelèrent, avec une netteté qu’elle aurait bien pu se passer, les évènements de la veille. L’homme l’accusa de réduire tout ce qui s’est passé dans la chambre par le fait qu’elle lui avait refusé ses faveurs sexuelles. Il disait sentir tout le poids du monde sur son dos. Qu’hier soir n’était qu’une prise de bec. Il disait se sentir énerver, déranger, et qu’un étau se resserrait sur lui. Qu’elle était en train de lui construire une réputation d’homme violent envers les femmes en usant son meilleur ami. Qu’il n’était pas arrivé à dormir. Il lui demandait encore une fois qu’elle lui ouvre la voie pour échanger, discuter, le plus rapidement possible. Il disait ne pas comprendre pourquoi malgré toutes ses blagues, ses rires, que leur rencontre s’est terminé sur une note aussi triste. Et pour finir, il essaya de terminer sur une phrase qui n’avait aucun sens pour la femme : « Je suivrais une dernière fois le mouvement de ton corps. » (Assistance mortelle, Raoul Peck.)


La femme vivait dans une famille nombreuse, donc elle n’avait pas une minute de silence pour elle-même afin de réfléchir et de revenir calmement sur les évènements de la veille. Heureusement qu’il y avait la solitude de la douche pour lui procurer la paix dont elle avait besoin pour penser. Et là, elle se demandait encore une fois, si elle n’avait pas exagéré, si elle n’avait pas eu tort. Elle se questionnait si tout ça n’était pas sa faute. Elle n’aurait pas dû être là. Elle aurait dû céder. Elle aurait dû rester discuter avec lui. Elle aurait dû justifier son NON. Comment lui faire comprendre qu’elle n’avait pas envie qu’il la touche, d’avoir des rapports sexuels ou de discuter de son refus, alors qu’il la tenait violemment au collet ou à la gorge ou la paralysait ? C’était une équation qui n’allait pas se résoudre. Elle était perdue dans ses pensées, ses souvenirs étaient toujours brouillés, mais son cri de douleur lui ramena durement à la réalité quand elle essaya de se savonner le corps. Peut-être que l’homme allait nier ses actes, essayer par tous les moyens de recréer la réalité comme la première fois. Cependant les bleues sur le corps de la femme étaient sans appel. L’homme avait usé de violence sur elle pour tenter de la convaincre d’avoir des rapports sexuels avec lui malgré son NON, et il était allé contre sa volonté en ne cessant de la tripoter malgré son NON.

Hervia Dorsinville


Ou si vous avez des questions, des corrections, des suggestions ou tout autre informations à partager, contactez l’auteur sur dhervia04@gmail.com (je réponds toujours mes emails).


Il faisait chaud dans la pièce.

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Ce texte est dédié à Robertho, sa mère, sa famille et tous les autres avant lui ou après lui dont leurs meurtres sont passés inaperçus. Il est aussi dédié à Jowàn Elima, mon amie, celle qui me pousse toujours à aller de l’avant.

Il faisait chaud dans la pièce. Après cette phrase, j’ai essayé de me creuser l’esprit pour trouver un mot encore plus fort que chaud. Je cherchais un synonyme. Vendredi avait ce talent, ce don avec les synonymes. Quand il voulait faire passer son idée sur quelque chose, Vendredi utilisait alors ses synonymes avec une précision de scalpel. Il faisait l’intéressant, se pavanait pareille à un paon, défilait sur le podium après un standing ovation. Oui c’était Vendredi ça! C’était lui ça ! Vous tous réunis ici, vous vous en foutez de savoir pour son amour des synonymes. Je le sais, et je ne vous en tiens pas rigueur. Vous ne saviez pas non plus qui il était avant sa mort, et vous ne le saurez pas non plus après sa mort. Ce que j’ai écrit ici ne va rien vous apprendre pour vous aider à mieux simuler vos pleures. Il riait Vendredi. Il riait de tout, de la vie, des gens, des fleurs, des oiseaux, des poulets, des grosses fesses dans les collants trop serrés, il riait de tout. Alors, ne vous forcez pas à le pleurer. Ce serait peine perdue.

Je disais, il faisait chaud dans la pièce. J’avais ce costume gris que ma tante m’avait fait cadeau pour aller au prochain congrès. Oui, j’étais Témoins de Jéhovah. Enfin, je pense qu’après avoir lit son oraison funèbre ici, après toute cette rage, ces pleures, je ne pourrais plus l’être. Parce que je ne pourrai pas rester sans rien faire. Je ne sais pas encore quoi, où, comment. Tout est flou, à part cette sensation d’urgence d’agir que je n’ai jamais connu auparavant. Et pour ceux qui commencent à s’intéresser à ce que je raconte maintenant, je m’appelle Cantave, le meilleur ami de Vendredi, le frère qu’il a choisi.


Il a vécu en dehors des cases, en marge de la société, et en contradiction avec tout ce qui est tracé en ligne droite. Alors, j’ai décidé de laisser couler mes pensées comme mes larmes. Drues. Amères. Acides. Rageuses. Tristes. Impuissantes. Vendredi était très sérieux avec les promesses, il les tenait. Ce n’était pas le genre de personne qui promettait le ciel et qui ne savait pas si elle était bleue, ou grise ce matin. C’est pour cela que je l’ai cru quand il m’a dit qu’il allait prendre la rue pour y chercher le bout de terre que l’Etat haïtien lui devait. « L’homme ne vit pas sans sa terre. »: disait Vendredi, en prenant exemple sur son père qui avait quitté la sienne et qui avait dépéri à vue d’oeil. Je ne sais pas pourquoi les gens s’attachent à la terre. La bible m’apprend qu’on y vient, c’est peut-être l’explication à donner. Mais, mon frère avait oublié que des autres hommes ont décidé que lui ne méritait pas d’être appeler homme comme eux, et pour cela il ne pouvait pas avoir sa terre. J’ai appris que la mère du garçon de 14 ans, mort devant l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti, à Port-au-Prince la semaine dernière, avait recueilli le sang de son fils par terre. À moi, il m’est resté un morceau des tripes de Vendredi dans les mains.

Mon frère n’était pas un homme, donc il n’avait pas le droit de prendre la rue, elle ne lui appartenait pas non plus. L’Etat haïtien répond toujours à ses hommes, ses maitres. Eux n’ont pas besoin de manifester, de bruler, de briser pour se faire entendre. Comment Vendredi a-t-il pu penser qu’il pouvait avoir droit à son bout de terre ? Ce n’était pas un homme. Parce qu’un homme ne peut pas vivre avec moins d’un dollars américain par jour, il ne peut pas habiter dans un lieu sans eau potable, ni électricité. Un homme reçoit justice chez ses paires, il a un toit sur sa tête, et ses petits apprennent à lire, écrire, compter.

Vendredi n’avait pas vécu avec ces choses-là, mais plutôt leur pâle et affreuse copie. Il mangeait bien un jour sur deux, et souvent c’était avec la contribution des voisins qu’il arrivait à accomplir cet exploit. Il a dû quitter l’école tellement de fois parce que ses parents n’étaient plus intéressés à payer sa scolarité, ou parce que son père devait économiser pour réparer sa camionnette, dans le totale de ses 22 années, il a passé plus de temps en dehors d’une salle de classe que dedans. Les chauffeurs de transport public savent ce que c’est cette lutte, cette drogue, cette illusion. L’homme qui croit que s’il arrivait à réparer sa voiture et reprenait la rue, il pourra régler ses dettes enfin, sa famille mangera à leur faim, cette fois-ci c’était la bonne, cette fois-ci la camionnette ne va pas le trahir, la rue lui sera clémente. C’est de cette maladie que souffrait son père qui avait abandonné sa campagne bienheureuse et paisible pour l’asphalte ou le béton brulant de Port-au-Prince.


Je disais qu’il faisait chaud dans la pièce. J’étais dans ma chambre, on nous avait enfin accordé de l’électricité et je repassais. L’espace exiguë, l’ampoule à lumière jaune de 100 watt sur un plafond haut de deux mètres, la chaleur de mon fer repasser, tous contribuaient à transformer la pièce en une vraie fournaise. Heureusement que les Témoins de Jéhovah ne croit pas à l’enfer. J’aurais peut-être pris peur. Mais c’était bien, parce que la sueur dégoulinant de mon visage se confondant avec les larmes de mes joues. Des larmes que je devrais expliquer à ma mère, comme la disparition du costume gris. C’est son costume maintenant. J’ai décidé de lui donner, qu’il parte avec lui dans sa tombe, qu’il le porte jusqu’à la fin. C’était le mieux que je puisse faire puisque je ne pourrai jamais tenir ma promesse, et les promesses Vendredi y tenait. Il y tenait je vous dis ! Il les tenait dans son cœur. Et c’est peut-être pour cela qu’il s’est fait tuer « accidentellement » par ce policier, comme le petit garçon de 14 ans que sa mère pleurait assise en califourchon sur son cadavre. J’aurais dû m’asseoir aussi sur le cadavre de Vendredi, ainsi j’aurais pu passer plus de temps avec lui.

Je ne sais pas pourquoi, mais il ne manque quelque chose là sous la poitrine.  Dans l’espace entre le haut de mon ventre et mon estomac.  Quelque chose qui était là depuis toujours mais que je n’avais pas conscience avant que ce policier y fasse un trou à sa place. Il y a un vieil adage qui dit qu’on ne doit pas avoir le ventre plus gros que les yeux ; je pense que Vendredi lui, il avait le cœur plus gros que sa tête. Il avait le cœur rempli de ses promesses. Le Président Jovenel Moise est connu comme le président haïtien ayant fait le plus de promesse dans toute notre histoire. Courant 24/24, procès Petro Caribe, pleins de promesses. Tout un tonneau de promesses, on m’a raconté. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ce serait la plus grosse injure que vous pourriez faire à Vendredi si vous osez associer son nom à son meurtrier.  Et lorsque j’ai vu des policiers voulant me prendre le corps de Vendredi des mains, j’ai arraché avec rage et par centaines les feuilles de mon arbre. J’étais accroupi à côté de lui, j’essayais de faire rentrer ses tripes dans son ventre. C’était la première fois que je voyais des tripes d’humains, ou des tripes tout court. Je ne savais pas ce qu’il fallait faire. J’agissais peut-être sous l’égide de quelques instincts primaires enfouis en moi, mais je lui fourrais ses tripes dans son ventre, sous sa peau encore chaude. C’était tout ce qui comptait. Que toutes ses tripes soient dans son ventre et de le refermer. Aucun son, aucune autre image, aucune autre sensation, aucun autre raisonnement, aucune autre idée, ne pouvait percer le brouillard de ma folie.

Mon frère était mort parce que le policier avait sursauté. Il avait sursauté et a tiré sur Vendredi qui est mort sur le coup. Le policier lui a troué sa peau en trois reprises parce qu’il avait sursauté. Bon en tout cas, c’est ce que j’ai appris plus tard. Comme ce garçon de 14 ans, Vendredi a par erreur. Le beau costume gris, fraichement envoyé de l’étranger, il était à lui maintenant. Ma mère n’allait pas comprendre. Elle n’allait pas accepter que je me mèles de « ces affaires », qu’elle les appelle. « Aimez le monde, mais n’aimez pas ce qu’il y a dans le monde. » et « Vous êtes mes témoins fidèles, vous ne faites pas parties du monde. » : avait dit Jéhovah. C’est ce qu’elle savait, c’est ce qu’elle m’avait enseigné, et c’est ce qu’elle pensait que je savais. Mais le problème, c’est que je ne sais rien. Je n’ai jamais rien su comment être , un homme, un haïtien, un citoyen, ou le frère de Vendredi. Je n’ai eu personne pour me montrer. C’est pour cela, ce jour-là j’avais pris la rue avec Vendredi sans vraiment y être. Je ne faisais pas partie du monde, mais j’aimais le monde. J’aimais mon frère, mais je ne faisais pas partie du monde. Du moins, je croyais.


Je souhaite qu’on brule tout ! Je souhaite que tout parte avec Vendredi, et je le souhaite encore. Je ne sais pas où est la limite entre souhaiter et vouloir, mais je la franchis encore et encore. C’était ce que je ressentais lorsqu’ils m’ont arraché le cadavre de Vendredi des bras. C’est ce que je faisais lorsque je serais les bouts de tripes de Vendredi dans mes paumes. Je franchissais cette frontière, prenais cette liberté, détruisais tout ce que j’étais. Mais, cela ne vous intéresse pas de savoir qui je suis ou qui était Vendredi ou qui était ce garçon de 14 ans. D’ailleurs, comment je m’appelle ?

Donc, je repassais le costume gris de Vendredi pour sa dernière sortie. Je tremblais, je n’étais pas expert en la matière, faute à ma mère ou mon père qui ne m’avait pas appris. Je ne tremblais pas d’inexpérience, mais de rage contenu. D’une rage que je ne savais pas quoi en faire. Qui venait d’où je ne sais où, pourtant qui m’était familière. Parce que je l’ai vu dans les yeux de cette dame qui pleurait son fils de 14 ans tué par erreur par la Police. J’ai vu aussi cette rage dans les yeux de Vendredi quand il m’a dit de prendre la rue avec lui ce jour-là. « Pour cette fois. Allons-y ensemble mon ami » : qu’il m’a dit. « Faisons-le ensemble! Nous pourrions déplacer les montagnes! » : qu’il m’a dit. Mais Vendredi ne saisissait pas que nous vivons dans un pays de morne. Déplacez-en-un, vous en trouver un autre derrière, n’est-ce pas ? Ils font souvent ça chez nous, ils font aussi ça chez vous. Nous accorder un peu de lumière dans les heures sombres de la nuit, habituant un peu nos yeux à la clarté pour nous plonger quelques minutes plus tard dans la noirceur. Une noirceur encore plus épaisse qu’avant la venue de la lumière. A ce moment on serre les dents de colère, parce qu’on comprend ce n’est qu’un jeu pour eux. Vous imaginez-vous un monde où le lever du soleil dépendrait du bon vouloir des hommes ?

Une histoire comme cela ferait bien un de ces films de science-fiction à caractère dystopique que j’aime tant et que détestait Vendredi. Les hommes ici nous donneraient de la lumière lorsqu’il le voulait, comme dans ce monde imaginaire. Et quand ils ont prit l’électricité qui venait d’à peine d’arriver, je n’avais fini de repasser que le dos de la veste grise de Vendredi. Un soudain mal de tête décida de serrer mes temps dans son étau. Je plongeai dans une noirceur si abjecte, si profonde, si sale, si désolante, parce que je ne pouvais rien faire d’autre à part attendre qu’ils veuillent bien vouloir me le redonner. Je me sentais petit. Minuscule. Avec ce besoin aussi simple que de repasser une veste, insatisfaite. J’ai compris à quel point je n’avais, je n’ai et je n’aurai aucun contrôle sur ma vie. Un jour aussi, je serai peut-être tuer par « erreur » par la Police. Vous peut-être ? Vous vous croyez des hommes ? Ou vous vous croyez plus homme que Vendredi ne l’était ? Il peut se faire tuer par « erreur » et pas vous ? Posez-vous ces questions, parce que vous tous ici aspirez à avoir son bout de terre, comme Vendredi et comme ce fils de 14 ans.

Hervia Dorsinville


Ou si vous avez des questions, des corrections, des suggestions ou tout autre informations à partager, contactez l’auteur sur dhervia04@gmail.com (je réponds toujours mes emails).

Vierge

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Alice était allongée nue sur le lit, elle se laissait caresser, baiser, toucher, palper, tripoter, et Dieu qu’elle aimait ça. Le corps offert, libre, abandonné à la volonté de sa partenaire. La jeune fille avait confiance, elle se sentait bien, et demandait encore plus avec ses gémissements et ses plaintes de plaisirs. Son bassin se mouvait de lui-même, comme poussé par une force qui lui était inconnue. Toutes ces sensations délicieuses étaient nouvelles pour elle, les yeux fermés, la bouche ouverte et le souffle court elle jouissait. Ses lèvres, son cou, ses seins, son dos, son ventre, ses jambes étaient tous à la merci des mains et des lèvres expertes de Diane. Tout en elle disait vouloir aller plus loin, alors sa partenaire aventura ses doigts plus bas, vers son ventre, encore plus bas vers son bas-ventre, et encore plus bas. Mais Alice se raidit brutalement, son corps arrêta de chanter l’hymne du désir.

– Je peux descendre plus bas ? souffla Diane avec douceur à son oreille.

Elle avait toujours sa main sur le bas-ventre d’Alice, et faisait des petits cercles avec le bout de ses doigts tendrement dessus. Le corps de son amie n’était plus détendu, elle avait ouvert les yeux et observait en silence le plafond. Diane comprit qu’elle réfléchissait à quoi répondre, et que sa question était délicate. Elle ne comprenait pas pourquoi ce changement de comportement, ou qu’est-ce qui bloquait Alice. Cependant, désirant la ménager un peu, elle décida de passer à autre chose, et lui demanda avec un petit sourire taquin:

– As-tu déjà essayé de te masturber ?

Celle-ci qui avait l’esprit dans un ailleurs très lointain, sans doute pensait à des centaines de choses en même temps, éclata de son rire franc, pareil au son d’une rivière qui coule. La seconde question de Diane était la bienvenue, elle relâcha la tension que sa première question avait provoquée dans son esprit.

– Bien sûr que oui, j’ai déjà essayé de me masturber. Qu’est-ce que tu crois ? Que je suis une fille coincée ? questionna Alice avec son sourire narquois l’air demi-offusqué et demi-amusé.

– Eh bien, décris-moi ton vagin. Il me semble que tu ne veux pas que je le touche. Pas de problèmes, mais j’ai envie de faire connaissance avec lui ce soir. Raconte-moi, comment il est.

Diane avait cessé de la caresser, son corps s’était rebiffé quand elle a essayé d’aller à la rencontre de son intimité, et il allait continuer de bouder tout contact connaissant trop bien le tempérament de son propriétaire. Elle s’était redressée en s’appuyant sur son coude tout en allongeant son corps nu près de celui d’Alice. Ainsi elles pouvaient discuter tout en conservant une certaine proximité.

– Je ne trouve pas les mots Alice. Je ne sais pas quoi te dire à propos de mon vagin. répondit-elle l’air penaud, d’un coup perdant toute son assurance.

– D’accord, je vais t’aider en décrivant pour toi le mien et tu feras de même. Comme un jeu entre nous. D’accord ? proposa-t-elle qui comprenait le gène de son amante inexpérimentée.

– Oui. Je suis d’accord.

– Ok. Je vais commencer par la partie que j’aime le plus, mon clitoris. Il est très timide, il se cache derrière des centimètres de peau, il n’est pas trop visible. Mais, quand je suis excitée ! oh la la ! il sort tout son corps et se brandit presque comme une verge. Mon pubis, lui, est toujours trop poilu, ça me dérange parfois. Cependant je déteste me raser, je préfère nettoyer de temps en temps.

– Moi aussi je n’aime pas me raser. Quand ça repousse c’est vraiment inconfortable. Je fais comme toi. Un petit coup de ciseau par ci, un petit coup de ciseau par-là, histoire d’enlever le plus gros des mauvaises herbes. confia-t-elle en riant.

– Oui ! C’est vraiment mieux ainsi. Puis mes lèvres sont grosses et épatées.

– Tes lèvres ?

– Oui, les grandes et les petites lèvres, dans l’appareil génital de la femme.

– Ah oui ! C’est vrai. Continue…incita Alice visiblement très intéressée à savoir plus.

– Quoi d’autre ? Ben l’intérieur du vagin, je n’ai pas essayé de voir. À part une fois sur le moniteur de mon gynécologue, il me faisait une radio extra utérine.

– Tu dis que tu as essayé de voir. Quoi ? Avec un miroir ? s’enquit Alice en rigolant.

– Oui. Tu n’as jamais utilisé un miroir pour observer ton vagin ?

– Non. Je n’ai pas autant d’intimité que toi chez moi.

– Oui, je comprends. Lorsque je vivais avec mes parents on avait qu’un miroir chez nous, et il était dans la chambre de ma mère, sur sa coiffeuse. Mais j’avais le petit miroir de mon poudrier. Alors, une fois, dans les toilettes, je l’ai pris, et j’ai fait la connaissance de mon cher ami d’en bas. Aimerais-tu le voir maintenant ?

– Qui donc ?

– Ton vagin, Alice.

– Non. Je ferai ça plus tard.

– D’accord.


La jeune femme était très attentive, alors qu’elle décrivait son sexe avec légèreté, sa compagne riait de bon cœur et son corps paraissait se détendre un peu. Mais elle s’était remise à se raidir encore une fois quand elle lui proposa de l’observer ensemble dans un miroir. C’était clair que toucher ou même voir le vagin d’Alice était tabou entre elles, sa partenaire n’était pas encore prête à franchir ce pas. Alors elle abandonna la partie, préférant papoter avec sa chérie au lieu de la brusquer.

– As-tu déjà observé ton corps nu dans un miroir ?

– T’es obsédé par les miroirs toi ! s’exclama Alice un tantinet énervée.

– Mais non chérie ! Je ne suis pas obsédée. Je suis sûr que tu ne peux pas compter le nombre de fois que tu te regardes le visage dans un miroir. Tu es si coquette. déclara-t-elle dans un sourire charmeur.

Alice éclata de son rire cristallin encore une fois, sa copine avait raison, parce que de temps en temps elle se refaisait une beauté, et son poudrier ne la quittait jamais. Mais elle resta toujours silencieuse, allongée de tout son long dans le lit, l’air vague et abandonné. Malgré tous les efforts de Diane pour garder la même ambiance, l’esprit d’Alice semblait leur jouer des tours, quelque chose n’allait pas et la jeune femme était déterminée à comprendre la réticence de sa compagne. Alors, elle se leva du lit, alluma des bougies dans la chambre et mit un peu de musique. Alice ne fut pas insensible à ce changement de décor, parce qu’elle s’est retournée sur le ventre, les deux pieds croisés en l’air et une main soulevant son menton, elle observait Diane. Elle avait les yeux rivés sur le corps de l’autre qui se mouvait dans les lueurs des bougies. Alice était comme hypnotisée, elle ne pouvait pas détacher son regard de la nudité de la jeune femme. L’autre ressentait les regards appuyés de sa partenaire sur son corps, consciente et habile, elle se mouvait lascivement, improvisa une petite danse sensuelle, juste pour le bonheur des yeux. Elle tournoyait sur elle-même, faisait des petits ronds pudiques avec son bassin, toucha ses seins, les caressa, feinta un gémissement de plaisir qui fit glousser Alice. Puis tendit la main vers elle qui accepta et elles dansèrent ensemble, nues, sur la musique d’Al Green. Leurs corps se frôlaient, se redécouvraient, se ressentaient. Alice était détendue et excitée comme la première fois, et Diane su qu’elle pouvait recommencer avec ses caresses exploratoires. Elle l’embrassa avec passion, mordit tendrement ses lèvres, suça tout le long de son cou. Diane voulait qu’Alice ait pleinement conscience de ses actes, de son corps et de son désir. Alors elle l’entraina devant son armoire à miroir, et lui dit :

– Regarde comme tu es belle, sensuelle, et désirable. Le vois-tu Alice ?

– Oui. Toi aussi, tu es belle. Encore plus belle que moi. répondit-elle la voix enrouée de désir.

– Nous sommes chacune belle à notre façon.

– Qu’est-ce que tu aimes le plus dans mon corps Diane ? cherchait-elle à savoir à burle-point.

Et là, Diane vit que ses yeux avaient changé, elle n’y lisait plus la passion et l’étincelle du désir, mais l’insatisfaction et l’inquiétude d’Alice fait à son propre corps. Elle soupira, garda toujours sa place derrière elle dans le miroir, appuya sa tête sur la nuque de sa compagne et répondit avec tendresse :

– J’adore tes seins.

– Mais, ils ne vont pas rester comme ça toute ma vie ! Ils vont grossir, s’alourdir et tomber. Tu ne peux pas aimer que mes seins. déclara-t-elle boudeuse.

– J’adore leurs peaux si douces. J’adore leurs pointes qui se durcissent au contact de ma paume, de mes lèvres, de ma langue, de mes doigts. J’adore leurs auréoles si noires comparées au reste de ta peau, et leurs pointes dressées toujours droit devant eux. J’adore leurs chaires si fines dessus qui changent de couleur rapidement après les avoir sucées goulument. J’adore les tenir dans ma main et les sentir si chaudes, si vibrantes de vie et de désir pour moi. déclara Diane avec une voix qui trahissait son émotion.

– Tu aimes tout ça de mes seins ! s’étonna-t-elle toujours inquiète.

– Oui. Et tu sais, même si tes seins grossissent, s’alourdissent, et tombent, ils seront toujours aussi sexy à mes yeux, ou encore plus. Parce que tout ce que j’aime en eux ne changera que pour le mieux. Tout ce que j’aime en toi Alice changera avec le temps, mais toujours pour le mieux. N’aie pas peur de grandir, de changer, de vieillir mon amour, tu ne seras qu’encore plus belle à mes yeux.


Une petite larme de bonheur coula sur la joue d’Alice et elle se retourna vivement pour embrasser Diane. Timidement, et un peu gauche elle suça les seins de sa compagne. Diane voulait qu’Alice s’approprie son corps à elle autant qu’elle voulait le sien. Elle la voulait, elle l’excitait à un point que peut-être Alice elle-même ne concevait pas. Alors elle prit la main de la jeune fille et la pressa sur son sein gauche, pendant que sa partenaire suçait son sein droit. Elle l’a fait malaxer, et l’encouragea à y mettre un peu de force. Alice s’arrêta et redressa la tête étonnée, confuse, parce qu’elle ne voulait pas faire de mal à Diane. Celle-ci sourit, comprenant l’incompréhension d’Alice, la retourna face au miroir et dit dans son oreille :

– Laisse-moi te montrer.

Lentement elle léchait les mamelons d’Alice, pressait dans sa paume le galbe de ses seins, ressentant ainsi leur mollesse et leur fermeté. Diane savait quand avancer et quand reculer. Quand s’arrêter et quand continuer. Elle écoutait le corps d’Alice avec le sien. Tous ses sens étaient en ébullition. Toute son attention était rivée sur sa partenaire, cherchant à interpréter tous les signaux, les complaintes, les gestes.

– Garde les yeux ouverts Alice, observe et apprends. ordonna-t-elle tendrement.

Ses yeux presque comme enchainés aux reflets de leurs corps dans le miroir, Alice découvrait sans gêne son corps et celui de sa compagne. Elle aimait cette impression de familiarité avec le corps de l’autre ; une familiarité paradoxale parce qu’elle était, il y a quelques minutes à peine, masqué, méconnu, secret. Un connu dans l’inconnu. Elle avait des seins comme Diane, avait un vagin comme elle, était une femme comme elle, pourtant, tout chez sa partenaire l’émerveillait, elle était en pleine découverte. Cependant l’angoisse d’Alice reprenait encore le dessus ; elle déclara tout à coup :

– Je ne veux plus être vierge.

Diane qui avait sa tête enfouie au creux des seins d’Alice sursauta brusquement, celle-là, malgré toutes ses précautions, elle ne l’a pas vu venir. Elle tenait toujours sa petite amie dans ses bras, ne disait rien, ne comprenait rien, ne savait pas quoi dire. Cette information prit du temps à pénétrer son cerveau. La jeune fille avait déjà les larmes aux yeux, la bouche pincée, le regard lointain et le corps qui tremblait.

– J’ai peur des pénis. confia Alice entre ses larmes rageuses. Mais je ne veux plus être vierge. J’en ai marre de ne rien savoir, de rien comprendre. J’ai l’impression d’être passé à côté de quelque chose, d’avoir raté plusieurs semaines de cours à l’école et d’être complètement perdue un lundi matin. Je ne sais pas ce que c’est l’éjaculation, je n’ai jamais joui. J’en ai marre d’entendre mes copines parler de leurs compagnons, de qui a le plus gros pénis. Je déteste les pénis !

Les mots d’Alice sortaient de sa bouche comme un tuyau de canalisation qui avait éclaté soudainement. Elle parlait, parlait, parlait… Commençait une phrase et enchaina déjà avec une autre sans la terminer. Elle pleurait, criait presque, tellement en colère contre elle-même et contre tout le monde que Diane craignait qu’elle fasse une rupture d’anévrisme. La jeune femme ne comprit pas tous les propos incohérents de sa compagne. Elle savait que c’était une adolescente, intelligente certes, mais qui dansait sur le fil tendu d’entre deux mondes, celui de l’enfance et de l’âge adulte. Diane aimait tendrement Alice, elle l’aimait un peu trop même, et elle se jugeait durement certaines fois du trop-plein d’affection et de son niveau de tolérance vis-à-vis d’Alice. Cependant, elle devait quand même accepter l’ouverture d’esprit et la maturité de sa petite amie pour avoir entamé cette relation avec elle. Leur relation allait bien plus loin que deux femmes voulant faire une expérience sexuelle, ou pour paraître cool. Leurs sentiments étaient déjà clairement exprimés et partagés. Pour toutes ces raisons et à cause de tout le chemin parcouru ensemble, Diane ne fut pas vexé ou déranger par les nombreuses interruptions d’Alice, et elle discerna rapidement qu’elle avait besoin de se confier. Qu’aucune caresse, qu’aucun baiser, qu’aucune parole pouvait l’attirer dans ses bras, il fallait qu’elle se déchargeât d’abord de son anxiété ou au moins l’aider à déceler la source.

– D’accord. D’accord. Allez, assieds-toi. Attends-moi, je vais te chercher un peu d’eau. proposa Diane et quitta la chambre.

– Ok. fit Alice doucement, les mains tremblantes.


Diane revint quelques minutes plus tard avec un verre d’eau pour Alice et une bière qu’elle buvait au goulot. Elle cherchait l’assistance de l’alcool pour l’aider à réfléchir et lui donner contenance. Il ne fallait surtout pas qu’elle donnât l’impression de faiblesse à Alice. Si elle avait choisi de mettre à nu ses émotions, c’était parce qu’elle croyait que Diane pouvait encaisser et pouvait l’aider à démêler les fils entortillés de ses pensées. Lui démontrer qu’elle était abasourdie ou même étonnée fera mauvais effet sur sa compagne et peut-être ce serait la première et la dernière fois qu’elle lui dira les choses si crument. Alice buvait son eau à petite gorgée, la tête baissée, le drap enroulé sur son corps cachant sa nudité, son intimité à Diane et gardant son bras libre entouré sur sa poitrine. Le message était précis : « ne t’approche pas trop de moi, je ne suis plus d’humeur ». Alors Diane attrapa sa chemise à terre sur sa moquette à long poil bleu, l’enfila et s’assit par terre en face de la jeune fille.

– Alors tu as peur des pénis. débuta-t-elle sur un ton neutre.

– Je n’ai pas dit cela pour que tu ressentes le besoin de me psychologiser. dit-elle avec ressentiment.

– Premièrement, je n’ai aucune prétention, à part celui d’essayer de comprendre tes craintes, et deuxièmement, tu dois arrêter d’inventer comme ça les mots, psychologiser, t’es sérieuse ? questionna-t-elle avec gaieté pour détendre un peu l’atmosphère.

Sa petite blague fit son effet, car un sourire s’esquissa timidement sur les lèvres de la jeune fille et Diane enchaina avec une confidence, histoire de les mettre sur pied d’égalité :

– Tu sais, longtemps j’ai cru que c’était parce que je n’aimais pas les pénis que je suis lesbienne. Ma première fois c’était avec un homme, et…disons qu’il n’a pas été compréhensif.

– Il t’a fait mal ? s’enquit Alice l’air sincèrement inquièt.

– Oui. Il m’a fait mal. avoua-t-elle avec amertume et elle continua sur le même ton. C’est l’un de mes mauvais souvenirs que j’aimerais totalement effacer de ma mémoire. Et, pendant des années j’enviais mes copines qui parlaient ouvertement de leur heureuse expérience sexuelle.

– Donc, je ne suis pas la seule. Je devrais accepter mon mal en patience. C’est ça ?

– Non ! Non ! Je n’ai pas dit ça.

– Tu dis quoi ?

– Attends. Calme-toi. S’il te plaît. Eh non, je ne te traite pas comme une patiente, je ne suis qu’à ma seconde année d’études en psychologie. Je n’ai rien d’un psy ! jura-t-elle en levant ses deux mains en l’air.

– Arrête de te moquer de moi. fit Alice, toujours avec son petit sourire refrogné demi-offusqué et demi-amusé.

– Mon amour, j’essaie juste de te dire que je comprends trop bien ce que tu ressens en ce moment. Et je t’assure, ta première fois, n’est pas obligée d’être douloureux, pénible et humiliant.

– Je ne sais pas si je suis toujours vierge.

– Comment ça ?

– Ben, avant toi, j’ai…j’ai déjà essayé avec un garçon. Je suis désolée, j’aurai dû t’en parler.

– Non, non ! Ne te sens pas obligé de me parler de ton passé. Sauf si tu en as envie ou si tu dois me confier quelque chose comme maintenant. Et je ferai de même. Parce que ton passé t’appartiens, tu choisis ce qui est nécessaire pour moi de savoir ou pas.

– D’accord chérie. fit Alice l’air un peu abattu.

– Et, je serai étonnée si tu m’avais dit le contraire. D’ailleurs tu as 17 ans…

– Non, 18 ans. Nous sommes en 2019. objecta-t-elle.

– Ok. Tu auras 18 ans en mai. Et cela m’aurait étonnée que tu n’aies pas déjà eu des expériences sexuelles. Et si tu me racontais ce qui s’est passé ta première fois. lâcha Diane doucement, pour lui passer la balle.

– Il n’y a pas beaucoup de choses à raconter, à part qu’il est mon ex, qu’on a essayé et que je ne l’ai pas laissé finir parce que j’avais trop mal. explique-t-elle sur la défensive.

– Je vois. Écoute, que tu n’aies pas encore eu des rapports sexuels n’enlèvera rien à ta personne, à ta valeur, ou à tes capacités. Tu n’es pas moins femme que tes copines, elles ne sont en rien supérieures à toi. Maintenant, est-ce que tu rates quelque chose ? Non ! Pas du tout, Alice ! Bébé, tu as tout ton temps, j’ai tout mon temps, nous avons tout notre temps.


Diane s’approcha enfin d’elle, espérant intérieurement que ses barricades ont été levées, elle la prit dans ses bras, l’entourant, la berçant tendrement.

– Comment as-tu fait toi ? Avec ta peur des pénis. questionna Alice toujours aussi curieuse et inquiète.

– Ben, je ne te souhaite pas la même chose, et ce ne sera pas la même chose pour toi, je m’en assurerai. fit Diane l’air sombre.

– Tu n’as pas répondu. insistait-elle toujours.

– Je n’ai jamais pensé à une seconde que je préférais largement les femmes que les hommes. J’essayais encore et encore. Me cherchant dans les bras des autres. Mais je n’arrivais jamais à être satisfaite, j’avais toujours mal. Ils me faisaient toujours mal. Malgré toutes les précautions de mes partenaires, leur attention, j’avais toujours mal et je croyais que c’étaient eux qui s’y prenaient mal. Jusqu’au jour où une amie qui partait pour toujours à l’étranger me fit cadeau de ses sex-toys. Et là, j’ai essayé, toute seule.

– Et ? sollicita Alice toujours aussi impatiente et avide.

– Ben, j’ai compris tant que je laisserais toute la responsabilité, toute la charge de mon plaisir à l’autre, à un homme ou même à une autre femme, je penserais toujours que ce sont les autres qui s’y prennent mal.

– Tu veux dire que c’était toi qui t’y prenais mal ?

– Oui, petite futée ! C’était moi. J’ai toujours été inactive, laissant l’autre se débrouiller pour me charmer, m’exciter, ne sachant même pas ce qui me plaisait moi.

– C’est-à-dire que c’est à moi de savoir, avant d’essayer avoir des rapports sexuels ?

– Alice, mon amour. La vie, les rapports humains, de même que les rapports sexuels ne sont pas de l’ordre de la logique cartésienne ou inductive. Ce qui a marché pour moi ou pour tes amies, ne veut pas dire que cela marchera pour toi.

– Mais, merdre ! Au final, je fais quoi ?

Elle se leva en colère, quittant les bras de Diane oubliant qu’elle était nue et la petite barrette qui retenait ses cheveux se brisa sous le lourd poids de ses rallonges. Ses cheveux fraichement tressés, habilement tombaient en cascade ondulée sur son épaule et effleuraient ses seins, ses reins. Le cœur de Diane fit un bond dans sa poitrine et elle dit tout haut ce qu’elle pensa tout bas :

– Bon Dieu, que j’ai envie de toi !

– Moi aussi ! Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi, je te veux Diane ! Je rêve de toi ! Je te veux Diane, mais…mais…mais…

– Mais tu as peur des pénis. déclara Diane à sa place.

– Oui. Et tu n’as pas de pénis, et… je suis toujours vierge. Donc…débita-t-elle rapidement en bégaient.

– Quoi ? Quoi ? Ralentis un peu. Je n’ai pas quoi ?

– Tu es une femme. Tu n’as pas de pénis. Je presque certaine que je n’ai pas été percée, et comment vais-je faire pour te faire l’amour ? s’interrogea-t-elle la voix enrouée, avec ses larmes déjà prêtes à couler.

Diane resta un moment silencieuse, abasourdie par l’incongruité de la chose, puis se mit debout sortie encore de la chambre et cette fois-ci elle revient avec deux bonnes bières. Elle longea une à Alice qui bu une longue gorgée. Puis elles rassembla ses pensées et lui dit :

– Tout d’abord, personne ne perce personne. Il n’y a pas de trous à fouiller dans ton corps Alice. Sache que s’il n’y avait pas déjà un orifice qui s’appelle ton VAGIN, aucun pénis n’aurait le pouvoir de t’en percer une.

– Mais, on saigne lorsqu’on se fait déflorer.

– Je préfère le terme dépuceler. Eh oui, on saigne, comme toute personne. Par exemple, si c’est la première fois qu’une personne fait le sexe annal, il va saigner. Ou comme toute femme qui donne naissance, elle va saigner. L’orifice vaginal est et a toujours été. Donc, tu n’es pas plus femme ou moins femme si t’es toujours vierge ma belle.

– Ok. acquiesça-t-elle en buvant sa bière calmement ce qui incita Diane à poursuivre.

– Pour continuer, on n’a pas besoin d’un pénis pour faire l’amour ou avoir des rapports sexuels. Vierge ou pas, il n’y a pas de différence.

– Oui, c’est vrai. Le frotti-frotta ! Que je suis sotte ! ironisa-t-elle.

Sur ces mots Diane devient hilarante et sa bière faillit lui passer par le nez, elle s’étrangla presque avec.

– Oh ! Alice ! Tu ne cesseras jamais de m’étonner…

– Quoi ?

– Rien, rien ma chérie. Tout va bien. Écoutes, tu sais que j’utilise des sex-toys lors de mes rapports sexuels ? s’informa-t-elle sérieuse.

– Oui, bien sûr, des faux pénis. Je ne suis pas une idiote ! répondit-elle en roulant des yeux l’air exaspéré.

– Je n’ai jamais dit ça bébé. Ce ne sont pas uniquement des faux pénis, il y a aussi des boules de geisha, des menottes, des bandages, des cordes, tout ça…

– Waw ! On dirait tout un arsenal.

– Oui. Disons que j’essaie de diversifier un peu mes rapports intimes.

– Quoi ? Ma petite amie est une Christian Grey version féminine ? demanda-t-elle en souriant, et la petite flamme de tout à l’heure déjà s’était déjà rallumée dans ses yeux.

Diane resta un moment immobile, elle était arrivée à un moment où elle ne savait plus quoi faire pour que cette flamme ne disparaisse pas dans yeux. Elle la voulait tellement que cela lui faisait mal. Mais elle savait aussi qu’Alice aurait encore plus mal si elle osait la forcer. Alors elle resta docile, laissant Alice jouer. Elle comprenait que tout était nouveau pour sa petite amie, qu’elle n’était en rien de ses partenaires habituelles qui savaient exactement ce qu’elle voulait, comment et où elle voulait telle ou telle chose. Alice devait se découvrir par elle-même, pour se laisser découvrir. Tout ce que Diane avait à faire ce n’était que de la guider, de la rassurer et sécher ses pleurs. Elle l’aimait et elle était décidée à l’attendre, à aller à son rythme. Et lorsqu’elle commençait à danser sur le son d’un afro-beats populaire, la jeune femme souriait de contentement, d’amour de la voir si belle, si bien dans sa peau. Parce qu’au final, c’était tout ce qui comptait pour les personnes qu’on aime, qu’elles soient simplement heureuses.

Fin.

Hervia Dorsinville


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